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Guerre au Moyen-Orient : «Le marché mondial a appris à vivre un peu sans le détroit d'Ormuz», assure l'économiste Philippe Chalmin

Elke Scholiers / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP [Elke Scholiers / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP]

Invité d'"Europe 1 Matin week-end" ce samedi, le spécialiste des marchés de matières premières, Philippe Chalmin, estime que l'impact économique d'une asphyxie du détroit d'Ormuz, après la reprise de l'escalade entre l'Iran et les États-Unis, est aujourd'hui assez limité.

Depuis plus d'une semaine, les frappes ont repris entre l'Iran et les Etats-Unis. En conséquence, le trafic dans le détroit d'Ormuz est quasiment à l'arrêt, engendrant un regain de tension sur les prix de l’énergie.

Le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, a ainsi grimpé de 4,60% à 88,10 dollars. Sur la semaine, le prix du baril a pris 10%. Pourtant, cette hausse ne devrait pas se répercuter sur les prix du carburant, dans l'immédiat, explique l'économiste Philippe Chalmin. 

"Une phase de digestion de cette crise"

"Il faut bien se rendre compte que sur les marchés physiques, on est plutôt encore dans une phase d'abondance pétrolière, notamment en Asie, où les prix physiques sont souvent 3 à 5 dollars en dessous du prix un petit peu théorique du papier", relate Philippe Chalmin, même si "le marché a arrêté de baisser" alors que le pétrole ne transite presque plus par Ormuz.

En pleines vacances d'été, les Français n'ont pas à craindre une hausse significative des prix du carburant, selon lui : "J'aurais même tendance à dire que nous devrions, si vous choisissez bien vos stations, rester largement en dessous". 

Car, "le marché mondial a appris à vivre un peu sans Ormuz", souligne l'historien et économiste, qui évoque notamment le rôle des oléoducs. "Ormuz n'est pas secondaire, mais ne devient plus cette artère vitale dont on pouvait craindre justement la fermeture il y a seulement deux mois". 

L'approvisionnement d'autres matières premières n'est pas non plus menacé dans l'immédiat, comme l'urée, dont le prix avait rechuté très rapidement après avoir été multiplié par deux aux mois de mars et d'avril. "On est plutôt dans une phase de digestion de cette crise", résume-t-il.

La crainte d'un "troisième choc pétrolier" si le conflit persiste

En revanche, Philippe Chalmin met en garde sur un scénario "catastrophe" possible, dans le cas où la guerre s'enliserait. "Si les Houthis du Yémen deviennent actifs, c'est-à-dire s'ils commencent à menacer le détroit de Bab el-Mandeb, les choses pourraient quand même se compliquer", prévient-il. 

En effet, un conflit "beaucoup plus marqué", et notamment la paralysie de Bab el-Mandeb et de la mer Rouge, pourrait déboucher sur un "troisième choc pétrolier". Une éventualité redoutée, dans une France "proche de la croissance zéro", déjà lourdement impactée par l'augmentation des prix de l'essence et des prix "de toute la famille des produits issus des énergies fossiles". 

"La France souffre comme les autres pays européens", mais elle "souffre peut-être plus parce que l'économie française ne va pas bien et on est en train de se rendre compte, avec la préparation du budget, qu'il n'y a pas grand chose à attendre en matière de dépenses publiques et qu'il faudrait plutôt parler d'économie".