Face à l'épidémie d'Ebola en cours en République Démocratique du Congo, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclenché dimanche une alerte sanitaire internationale. Elle ne répond toutefois pas "aux critères d'une urgence pandémique", a déclaré le directeur général de l'OMS.
Une épidémie du virus Ebola s'est déclarée le 15 mai 2026 dans le nord-est de la République démocratique du Congo, la 17e dans le pays depuis 1976. Le variant Bundibugyo, hautement mortel et pour lequel il n'existe pas de vaccin, a frappé la province de l'Ituri, frontalière de l'Ouganda et du Soudan du Sud. Le virus se transmet uniquement par contact direct avec les fluides corporels d'une personne infectée ou décédée.
Face à la rapidité de propagation du virus et à sa létalité redoutable (entre 25 et 40 %), l'OMS a activé dimanche son deuxième niveau d'alerte internationale. L'épidémie "constitue une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI), mais ne répond pas aux critères d'une urgence pandémique", a déclaré sur X le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.
Le chef de l’OMS détermine que la maladie à virus Ebola causée par le virus Bundibugyo en République démocratique du Congo et en Ouganda constitue une urgence de santé publique de portée internationale, mais ne satisfait pas aux critères d’urgence pandémique https://t.co/RCu1NVMJUP
— ONU Info (@ONUinfo) May 17, 2026
Un "risque de transmission transfrontalière"
Alors que la région de l'Ituri est en proie à des violences armées, rendant l'accès à la zone difficile, les chiffres reposent principalement sur des suspicions. Au 16 mai, 8 cas ont été confirmés en laboratoire, 246 cas suspects et 80 décès suspects ont été recensés dans la province, informe un communiqué de l'OMS.
Ce qui inquiète notamment les autorités sanitaires, c'est la proximité de la République Démocratique du Congo avec l'Ouganda et le Soudan du Sud. Deux pays considérés à haut risque de propagation "en raison de la mobilité de la population, des liens commerciaux et de voyage, ainsi que de l'incertitude épidémiologique persistante".
Le ministère ougandais de la Santé a confirmé une épidémie de maladie à virus Bundibugyo (MVB) suite à l'identification de deux cas importés de la République Démocratique du Congo. Un "risque de transmission transfrontalière" est redouté "si la coordination entre les pays et le partage d'informations ne sont pas immédiatement renforcés".
La fermeture des frontières est à ce stade écartée, l'OMS estimant que de telles mesures "risqueraient d'encourager des passages clandestins incontrôlés et, paradoxalement, d'aggraver la propagation du virus". Un "contrôle renforcé" aux points de passage frontaliers et sur les principaux axes de circulation est toutefois recommandé.
Vigilance à Mayotte
Alors que l'épidémie fait rage en RDC, la députée mahoraise Estelle Youssouffa s'est inquiétée sur Franceinfo du risque d'importation de ce variant d'Ebola sur le territoire, appelant à une fermeture des frontières.
La députée souligne l'importance des flux migratoires à Mayotte et notamment la hausse du nombre de demandeurs d'asile originaire d'Afrique des grands lacs. En 2024, 52% des 2.463 primo-demandeurs résidents à Mayotte étaient originaires de la RDC en 2024, selon l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra).
À cela s'ajoute une situation sanitaire préoccupante : une grande partie de la population vit dans des bidonvilles aux conditions d'hygiène déplorables, tandis que le système de santé, déjà fragile, n'a toujours pas été reconstruit après le passage du cyclone Chido.
Un cas d'Ebola avait déjà été signalé dans la région en 2019, en parallèle d'une épidémie en RDC. La victime avait toutefois été isolée rapidement, évitant ainsi toute propagation.