Karine, victime de viols dès l'enfance, et sa tante Laurence témoignent sur Europe 1 de leur incompréhension face à la libération imminente d'un agresseur multirécidiviste. Elles dénoncent une justice jugée défaillante et appellent à une réforme profonde des règles de confusion de peines.
Un témoignage bouleversant. Invitées de la matinale d'Europe 1 présentée par Dimitri Pavlenko, Karine Jambu, 29 ans, et sa tante Laurence Brunet-Jambu, ont livré un témoignage poignant autour de la libération prochaine du violeur de la jeune femme, un pédocriminel condamné pour viols sur mineur.
Karine Jambu explique avoir été informée en septembre d'une demande d'aménagement de peine déposée par son violeur, condamné à 30 ans de réclusion en 2018. "Quand j’ai reçu ce courrier, ça a été un choc", confie-t-elle.
La peur d'un retour à proximité du lieu de vie
La jeune femme découvre que l'homme pourrait être hébergé à Rennes, à proximité de son propre domicile. "Je me suis effondrée. On me demande de partir, de tout quitter, mais pourquoi ce serait à moi de le faire ?", déplore-t-elle.
Elle affirme avoir alerté le service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP), sans obtenir de garantie suffisante. "J'ai dit que ce n'était pas possible qu'il vienne habiter à Rennes."
Karine exprime un sentiment d'injustice profond : "Lui sort de prison, et moi j'entre en prison."
Un long combat familial
Sa tante, Laurence Brunet-Jambu, revient sur un combat engagé depuis la naissance de Karine. Auteure du livre Signalements, adapté en téléfilm, elle raconte avoir multiplié les alertes dès la naissance de sa nièce.
"J'ai fait le premier signalement quand elle avait un mois", explique-t-elle, évoquant un contexte familial déjà marqué par de graves violences.
Elle décrit une enfance faite de maltraitances et de violences sexuelles, jusqu'à la prise en charge de Karine à l'âge de 12 ans.
Une colère dirigée contre la justice
Pour Laurence, la libération du condamné est incompréhensible. "Un prédateur avec une vingtaine de victimes fait une demande et sort. Et il sort près de notre fille."
Elle dénonce un système judiciaire qu'elle estime défaillant dans la protection des victimes : "Quel est le message envoyé ? Continuez, il n'y aura qu'une seule peine."
Selon elle, la règle de confusion des peines doit être profondément réformée. "Aujourd'hui, vous violez plusieurs enfants et vous n'avez qu'une seule peine. Ce n'est pas acceptable."
Une pétition pour changer la loi
Face à cette situation, Laurence Brunet-Jambu a lancé une pétition réclamant une réforme du droit pénal, notamment sur la confusion des peines et la reconnaissance d'une peine par victime.
"Ça doit s'arrêter", insiste-t-elle. "Un enfant, ça ne vaut rien dans notre société aujourd’hui, et pourtant il subit des violences massives." Elle évoque des milliers de victimes concernées chaque année et appelle à une prise de conscience collective.
Karine et sa tante disent avoir accepté la médiatisation de leur histoire pour alerter l'opinion publique. "Il faut que quelqu'un se lève", affirme Laurence. "Ce n'est pas un cas isolé."
Elles remercient les signataires de leur pétition et espèrent une évolution rapide de la législation. "Il faut dire stop. Maintenant."