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Carburant agricole : la colère des agriculteurs à Lyon stoppée par les forces de l’ordre

Les agriculteurs se sont mobilisés près de la raffinerie pétrolière de Feyzin, ce lundi 11 mai, face prix élevé du GNR. [Jean-Luc Boujon / Europe 1]

Alors que Sébastien Lecornu s'apprête à annoncer de nouvelles aides ciblées pour faire face aux prix des carburants, la colère monte dans le pays. Illustration avec cette action annoncée des agriculteurs ce lundi matin dans la région de Lyon. Une centaine de tracteurs est attendue malgré les arrêtés d'interdiction de manifester pris par la préfecture. Une action initiée par la Coordination rurale. 

"Ça ne peut pas durer !" C'est le cri du cœur des agriculteurs, littéralement étranglés par le tarif, en hausse constante, du GNR, le carburant utilisé pour les tracteurs et les machines agricoles, explique Bertrand Molinier, éleveur laitier à Chabanière, près de Lyon. 

"On dit stop ! On parle quand même d'une hausse du carburant de 70% en quatre mois. Il était à un euro le litre, il est à 1,70. On est au printemps, en plein démarrage des cultures, de l'ensilage, de la préparation des champs, donc on passe entre 2.000 et 4.000 litres de GNR par semaine."

"Il faut qu'ils sortent le carnet de chèques"

Une situation qui devient intenable pour la filière : "Ça chiffre très vite, donc ce n'est plus tenable pour nous. On réclame que le carburant soit plafonné à un euro le litre. Le plafonnement, soit il est là, soit on disparaît, c'est simple ! Si le gouvernement français et la ministre de l'Agriculture veulent garder des exploitants, il faut qu'ils sortent le carnet de chèques."

Même désespoir et même colère chez Jean Pupier, producteur de fruits : "Déjà avec le Mercosur, on ne pouvait plus tenir. Mais là, on nous rajoute encore le gasoil à un prix pas possible. Il y a toujours un truc en plus sur notre dos. Il faut arrêter." 

Une situation qui peut tourner au drame : "On entend de plus en plus de gens dire 'On va arrêter ou alors je me pends'. Alors je vous le dis, il vaut mieux arrêter que de se pendre. Mais bon, il y a beaucoup de paysans qui en ont vraiment marre en France. C'est devenu insupportable. Des agriculteurs à bout qui arrivent de 13 départements différents ce lundi matin pour rallier Lyon et démontrer leur mécontentement." 

Une mobilisation empêchée par les forces de l'ordre

Dans la matinée de ce lundi, des agriculteurs voulaient bloquer la raffinerie pétrolière de Feyzin mais ils en ont été empêchés par les CRS. L'action devait être symbolique en bloquant les camions-citernes qui partent la cuve pleine de carburant et qui alimente toute l'agglomération lyonnaise. 

La préfecture avait donné dès ce week-end des consignes très fermes aux forces de l'ordre afin de ne laisser aucun blocage de sites stratégiques se mettre en place. Les 30 tracteurs arrivés le matin n'ont pas pu se mettre en travers de l'entrée, au grand dam de Louis Petiton, producteur de céréales dans la Drôme. "L'État nous a méprisés et nous a interdit la mobilisation. Aujourd'hui, (...) on voit des rave party qui sont tolérés, avec 20.000 participants, qui abîment d'ailleurs des terres agricoles. Et puis, nous les paysans, on est traités comme des moins qur rien à chaque fois", estime-t-il.

Les tracteurs se sont donc garés juste à côté, sans oublier de déverser de la terre et des palettes à proximité de l'entrée de la raffinerie. Pour eux, le tarif du GNR, le gasoil agricole, n'est tout simplement plus supportable, selon Marc Pupier, producteur de fruits dans les monts du Lyonnais. "On était à 70-80 centimes, aujourd'hui on est à 1,80 euro, donc ça fait le double. Je peux faire entre 7 et 8.000 litres par mois. Avant, 8.000 litres, ça nous coûtait à peu près 10.000 euros TTC, et aujourd'hui on est à 20.000. C'est pas tenable, on n'arrive plus à vivre, on ne sort plus de salaire, donc on travaille pour rien", explique cet agriculteur. 

Ils ont rapidement levé le camp et ont ensuite rallié Lyon en convoi par l'autoroute, provoquant des embouteillages, afin de porter leur principale revendication à la préfète du Rhône : un plafonnement du prix du GNR à 1 euro le litre pour tous les agriculteurs.