Faut-il taxer les superprofits de TotalEnergies face à la flambée des prix à la pompe ? Si la pression politique s’intensifie, plusieurs économistes alertent sur une mesure jugée risquée, susceptible de fragiliser l’investissement et la compétitivité du groupe.
Que peut faire le gouvernement pour enrayer la hausse des prix des carburants ? Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, reçoit dès lundi les distributeurs et énergéticiens pour évoquer cette flambée des prix à la pompe. Une initiative qui s’ajoute aux annonces du Premier ministre Sébastien Lecornu, qui a demandé samedi à TotalEnergies de mettre en place "un plafonnement généreux des prix à la pompe".
"La distribution risque de devenir déficitaire"
Sans donner davantage de précisions, le Premier ministre maintient la pression sur Total, qui s’est engagé à plafonner à 1,99 € le litre d’essence et à 2,09 € celui du diesel tant que la crise durera. Selon Pascal de Lima, chef économiste chez Novaminds, il est difficile pour le géant tricolore d’aller plus loin, au risque d’être mis en difficulté sur la durée.
"Total peut absorber quelques centimes, donc c’est faisable, mais cela restera limité à quelques centimes par litre et sur une période bien déterminée. Évidemment, si la crise continue deux ou trois mois, la distribution risque de devenir déficitaire", explique le spécialiste.
Cela pose un problème de concurrence vis-à-vis des autres distributeurs. Au-delà du plafonnement des prix à la pompe, le Premier ministre est pressé par une partie de la classe politique de mettre en place une taxation des superprofits de l’entreprise.
Une proposition risquée
Une proposition démagogique et risquée d’un point de vue économique, selon Philippe Chalmin, économiste, professeur à l’université Paris-Dauphine et président de la société d’études Cyclope.
"Je suis assez étonné que des gens que je pense être raisonnables, comme les socialistes, y aient adhéré. Mais on retrouve effectivement les deux extrêmes, que ce soit La France insoumise ou le RN. Total, comme toutes les compagnies pétrolières dans le monde, a profité de la hausse des prix. Cela voudrait dire que l’on taxe une entreprise française pour être dynamique à l’international, ce qui peut apparaître paradoxal", juge-t-il.
Selon ces deux spécialistes, le risque serait d’empêcher Total d’investir dans les énergies renouvelables, voire d’inciter l’entreprise à quitter la France.