Ce jeudi 23 avril, l'organisme public Météo-France a porté plainte après l'altération du fonctionnement de l'une de ses sondes située à l'aéroport Charles-de-Gaulle. Derrière cet événement plane l'ombre de la plateforme Polymarket, spécialisée dans les prédictions de sujets en tout genre. Mais depuis 2024, son accès est interdit en France. En cause, des soupçons de fraude et d'ingérences étrangères.
Malgré son interdiction dans l'Hexagone, Polymarket fait encore parler de lui. Dernière affaire en date, une plainte de l'agence Météo-France, qui a subi une "altération du fonctionnement d'un système de traitement automatisé de données". En effet, des écarts de température anormalement élevés se sont produits les 6 avril et 15 avril, sur une station de mesure de l'aéroport Charles-de-Gaulle.
Selon plusieurs articles de presse, ces anomalies pourraient être liées à des tentatives de manipulations de parieurs sur le site américain Polymarket, de façon à fausser les mesures et à générer des profits. Ainsi, aux dates incriminées, le nombre de paris et les sommes investies étaient beaucoup plus élevés que d'habitude.
Si aucun lien n'a été formellement établi entre les paris de Polymarket et cette altération de sonde, les investigations ont bien été lancées en ce sens.
Une entreprise en pleine explosion
Spécialisée dans les prédictions, la plateforme permet à ses utilisateurs d'acheter et de vendre des produits financiers liés à la probabilité de survenance d'événements, des résultats électoraux jusqu'aux frappes militaires. Pour exemple, il est possible de parier sur la date d'ouverture du détroit d'Ormuz ou encore le vainqueur de la prochaine élection présidentielle française.
Longtemps cantonnées à une niche de passionnés de cryptomonnaies, ces plateformes ont fait une percée dans le grand public. Elles se positionnent comme une alternative aux sondages et paris sportifs traditionnels, nouant désormais des partenariats avec de grands médias américains (CNN, CNBC, Wall Street Journal).
5% chance Iran is removed from the World Cup. https://t.co/p3Z0ldSE0K
— Polymarket (@Polymarket) April 23, 2026
L'entreprise a pris une ampleur gargantuesque. Elle a ainsi traité 23,2 milliards de dollars de volume de trading en février 2026, en hausse de 1.200% sur un an, et génère un chiffre d'affaires quotidien de plus de 1,7 million de dollars.
Une interdiction dans 33 pays
L'accès à Polymarket est bloqué dans 33 pays en raisons de sanctions internationales ou de l'application de loi sur les jeux d'argent, le blanchissement ou le droit à la consommation.
En France, l'Autorité nationale des Jeux (ANJ) a été contrainte d'intervenir en novembre 2024, peu après l'élection présidentielle américaine où un trader français avait parié 30 millions de dollars sur la victoire de Donald Trump.
"Au cours du mois de novembre 2024, l’attention de l’ANJ a été attirée par les services proposés par la société ADVENTURE ONE QSS INC. via son site web www.polymarket.com, cette activité étant susceptible de contrevenir aux dispositions légales françaises en matière de jeux d’argent et de hasard", expliquait l'organisme sur son site internet pour expliquer sa décision. "L’action menée par l’ANJ en direction de l’éditeur du site POLYMARKET a été déterminée, non par le fait que les opérations financières réalisées sur celui-ci l’étaient au moyen de cryptomonnaies, mais par la circonstance plus générale que les offres de jeux étaient susceptibles, au regard du droit français, d’être constitutives d’offres de jeux d’argent et de hasard non autorisées", a-t-elle poursuivi.
Ainsi, l'Autorité nationale des Jeux avait décidé "de mettre en place un géoblocage empêchant les prises de jeux depuis le territoire français".
Des soupçons de délits d'initiés
Aux États-Unis, face à de nombreux soupçons de délits d'initiés, la plateforme avait été interdite par l'administration de Joe Biden. Mais 3 ans plus tard, son successeur, Donald Trump, a permis à nouveau son utilisation.
Sauf que Polymarket subit des critiques nourries sur les délits d'initiés qu'il pourrait engendrer. Ainsi, des condamnations ont été prononcées contre des personnes qui avaient accès à des données sensibles durant la guerre des Douze Jours entre Iran et Israël, en juin 2025. D'autres paris suspects ont été également misés sur la guerre au Moyen-Orient qui a commencé il y a 2 mois.
Enfin, ces soupçons ont été renforcés par la participation de Donald Trump Jr, le fils du chef d'État américain, au conseil d'administration de Polymarket.