À Hong Kong, le magnat pro‑démocratie Jimmy Lai a été condamné à 20 ans de prison pour collusion avec l’étranger et publication séditieuse. Une peine historique dénoncée par Londres, Washington et les défenseurs des droits humains, qui y voient la fin des libertés sur le territoire.
Le tribunal de Hong Kong a condamné lundi Jimmy Lai à 20 ans de prison pour collusion avec l’étranger et publication séditieuse, dans le cadre de la loi sur la sécurité nationale imposée en 2020. Cette décision, la plus lourde prononcée sous ce texte, a suscité une vague de réactions internationales.
Londres a promis d’intervenir “sans délai” en faveur de l’homme d’affaires de 78 ans, détenteur d’un passeport britannique. Washington a jugé la peine “injuste et tragique”, tandis que Pékin l’a qualifiée de “légitime”. Les autorités hongkongaises ont de leur côté affirmé que Jimmy Lai était uniquement citoyen chinois.
18 années supplémentaires à purger
Présent dans le box, l’ancien patron de presse est resté impassible à l’annonce du verdict, avant de saluer brièvement le public où se trouvaient son épouse Teresa et d’anciens journalistes de l’Apple Daily, le journal pro‑démocratie qu’il avait fondé et qui a été fermé. Il reste incarcéré depuis 2020, principalement à l’isolement “à sa demande”, selon les autorités.
Le tribunal a inclus dans la peine deux années déjà prononcées pour fraude, ce qui lui laisse 18 ans supplémentaires à purger. Huit coaccusés, dont trois anciens cadres de l’Apple Daily, ont également été condamnés à dix ans. Les juges ont estimé dans leur décision que Jimmy Lai, mû par sa “haine” envers Pékin, aurait cherché à “renverser le Parti communiste chinois”.
"Le rideau tombe sur la liberté de la presse à Hong-Kong"
Jimmy Lai a plaidé non coupable et dispose de 28 jours pour faire appel.
Les organisations de défense de la presse ont exprimé leur stupeur : Reporters sans Frontières affirme que “le rideau tombe sur la liberté de la presse à Hong Kong”. Amnesty International évoque un “démantèlement systématique des droits”. L’UE et l’ONU demandent sa “libération immédiate”.
Autour du tribunal, fortement sécurisé, plusieurs habitants disaient craindre de ne plus revoir Jimmy Lai libre. “Même avant cette condamnation, le secteur pratiquait déjà une autocensure permanente”, déplore Tammy Cheung, ancienne journaliste de l’Apple Daily. Une autre habitante, Lai So, estime que “la liberté d’expression s’est considérablement réduite” depuis la fermeture du journal en 2021.