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Speedwatching : quand les vidéos en accéléré bousculent le cerveau des jeunes

Speedwatching : quand les vidéos en accéléré bousculent le cerveau des jeunes [Elisa Schu / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP]

Alors que le débat sur l'interdiction des réseaux sociaux aux plus jeunes refait surface, une pratique en plein essor illustre leurs effets délétères sur la santé mentale : le "speedwatching". Regarder des vidéos ou écouter des contenus audios en accéléré devient un réflexe pour de nombreux adolescents, non sans conséquences sur leur rapport au temps, à l'attention et à la vie réelle.

Un simple appui prolongé du pouce sur l'écran suffit. Sur Instagram, TikTok ou encore YouTube, les vidéos défilent désormais deux fois plus vite. Une fonctionnalité pensée pour "gagner du temps", devenue pour certains une habitude difficile à abandonner. 

Sur les réseaux sociaux, les témoignages se multiplient, à l'image de ce jeune internaute, conscient du problème : "Je suis parti au cinéma et je me suis dit vraiment que TikTok a bousillé mon cerveau. Sur TikTok, je regarde tout un x2, j'ai pas le temps, c'est trop long. C'est malheureux, je peux plus regarder un film normal. C'est qu'il y a un souci."

Quand tout semble trop lent

À force de consommer des contenus accélérés, le cerveau s'adapte. Résultat : tout ce qui n'est pas rythmé, rapide ou stimulant paraît soudain interminable. Une transformation des habitudes qui n'est pas anodine, selon Jean-Paul Santoro, psychologue spécialiste des usages numériques. 

"Ce peut avoir un impact sur l'attention dite soutenue. On observe une moindre tolérance à l'ennui, à la solitude parfois. Concrètement, cela se traduit par un décrochage plus rapide à l'école ou au travail, des difficultés à suivre une conversation, un film, une série, et même une fatigue mentale liée à la surstimulation", détaille le spécialiste.

Un constat préoccupant, notamment chez les adolescents, dont le cerveau est encore en développement. La recherche permanente de rapidité et d'efficacité finit par fragiliser la capacité à se concentrer sur la durée, mais aussi à accepter les temps morts, pourtant essentiels à l'équilibre psychique. 

Pour autant, le spécialiste se veut rassurant. Le "speedwatching" ne constitue pas une addiction au sens médical du terme. Il s'agit davantage d'un usage excessif, révélateur d'un rapport au temps profondément modifié par les plateformes numériques. 

Jean-Paul Santoro invite ainsi jeunes et adultes à réapprendre la lenteur : regarder un film sans accélération, accepter l'ennui, décrocher des écrans. Un retour à un rythme plus humain, à l'heure où la vitesse semble devenue la norme.