"Le commerce sans clients, ça n'existe pas, il faut que la clientèle revienne" : entre fermetures préventives et baisse de fréquentation, l'inquiétude monte chez les commerçants quant à l'impact des mobilisations sociales du samedi sur leurs ventes, dans un contexte économique déjà morose.
La période est cruciale pour les commerces, à l'approche des fêtes de fin d'année. Or, si la journée de mobilisation de ce samedi a été plus calme qu'attendu, malgré des heurts et quelques pillages dans plusieurs villes, "on n'a quand même pas travaillé ce week-end", déplore auprès de l'AFP Virginie Grimault, déléguée générale de la Fédération d'épicerie du commerce de proximité (FECP).
"Les commerçants sont obligés d'arbitrer quelque chose de totalement paradoxal : soit ils ouvrent et ils prennent des risques, soit ils n'ouvrent pas mais ils ne travaillent pas", souligne-t-elle.
Selon le président du réseau des chambres de commerce et d'industrie en France (CCI France) Alain Di Crescenzo, la baisse d'activité des commerces était d'"à peu près 80%" ce week-end.
Une inquiétude commune aux différentes villes
À Toulouse, les rues du centre-ville en marge du parcours sont restées inhabituellement vides samedi. La brasserie Les Arcades, sur la place du Capitole, a servi 36 couverts au déjeuner, contre 300 à 400 un samedi midi ordinaire, comme l'a raconté un serveur à l'AFP.
À Lyon, dans la Presqu'île commerçante où des magasins ont été pillés le 17 octobre, le calme régnait et les rues étaient presque désertes, loin de la foule d'un samedi ordinaire.
"On se sent protégé un peu plus, peut-être, mais après, c'est vide. Beaucoup de gens se sont dit 'ça ne sert à rien d'aller faire les emplettes, on n'a pas envie d'être dans les gaz lacrymogènes'", a expliqué à l'AFP un employé d'un magasin de "sportswear".
"Le commerce sans client, ça n'existe pas", donc "il faut que la clientèle revienne", relève Mme Grimault, pour qui "tout ce qui peut ajouter de la crise à la crise n'est pas bon", alors que "le commerce de centre-ville va déjà mal".
Des conséquences pour l'emploi
"Les manifestations font fuir les clients, même [quand le magasin] n'est pas dans la zone immédiate [du cortège]. Tout ça est mauvais pour le commerce, qui a besoin de paix, de tranquillité", abonde auprès de l'AFP Pierre Bosche, président de la Confédération des commerces de France.
Il se dit favorable à l'appel lancé lundi par M. Di Crescenzo à une pause des manifestations à l'approche des fêtes de fin d'année, "40% du chiffre d'affaires" se faisant "entre novembre et décembre", selon ce dernier.
"Dans un contexte de pouvoir d'achat sous tension, de baisse des ventes, de marges de plus en plus serrées (...), à un moment donné, on arrive sous la ligne de flottaison, (...) on ne peut plus vivre de son commerce et c'est la fermeture", avertit M. Bosche, pour qui "toutes ces journées en moins sont dramatiques".
Judith Jiguet, directrice générale de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), redoute elle aussi les conséquences "durables" pour "l'emploi et la santé économique des entreprises" de cette baisse de fréquentation sur une "période aussi stratégique".
Elle appelle les pouvoirs publics à "garantir un retour au calme, dès maintenant et dans la durée" afin que "commerçants, salariés et clients" puissent "aborder les fêtes en toute sérénité".
Une inquiétude toujours présente
À Lille, Hassen Aitsidiali a fermé son petit bazar samedi, par sécurité. Farid Bouhmama a lui tiré le rideau de sa boucherie à 15h00. "Entre la manifestation et le marathon, j'ai perdu beaucoup de ventes", déplore-t-il.
À Rennes, dimanche, dans la rue commerçante de Nemours, qui avait été le théâtre de pillages le 17 octobre, une employée soulagée que sa boutique n'ait pas été attaquée la veille se disait néanmoins "inquiète, car ce n'est pas fini."
"Ça va recommencer la semaine prochaine et puis le 5 novembre", pour la nouvelle journée nationale de grèves et de manifestations, a-t-elle dit à l'AFP. "Le samedi est normalement une bonne journée pour les commerces, si on doit fermer tous les samedis après-midi, ça va être compliqué."