Le Haut Conseil des finances publiques a appelé jeudi à un effort budgétaire "important et soutenu dans la durée" en France pour "reprendre le contrôle" d'une dette publique au coût exponentiel et préserver la "souveraineté financière" du pays.
Le cri d'alarme de cet organisme budgétaire indépendant rattaché à la Cour des comptes intervient après la présentation en Conseil des ministres des projets de budget de l'État et de la Sécurité sociale pour 2027.
"La situation très dégradée des finances publiques françaises, avec la conjonction d'un endettement élevé et d'un déficit très creusé, appelle un effort de consolidation important et soutenu dans la durée", écrit-il dans un avis sur les textes budgétaires.
Malgré l'effort "significatif" prévu en 2027, il ne permet qu'une réduction limitée du déficit public, constate-t-il : le coût croissant de l'endettement de la France accentué par la flambée de ses taux souverains "absorbe une part importante de l'effort d'économies".
La dette atteindrait 121,7% du PIB l'an prochain
Le gouvernement revendique un effort de 54 milliards d'euros, dont 43 milliards de mesures nouvelles, l'an prochain pour ramener le déficit public à 5% du produit intérieur brut (PIB) après un dérapage attendu à 5,4% cette année.
"Nous avons au fond un déficit de crise alors que nous ne sommes pas en crise", a alerté Amélie de Montchalin, présidente du HCFP, lors d'une conférence de presse.
"Le Haut Conseil considère qu'il est essentiel que l'effort prévu en 2027 soit intégralement réalisé", a poursuivi celle qui préside également la Cour des comptes et fut ministre des Comptes publics jusqu'à début 2026.
"Il en va de notre capacité à reprendre le contrôle de la dette, à préserver notre souveraineté financière", a-t-elle ajouté.
Stabiliser la dette : mission impossible ?
Bien que les mesures proposées permettraient de faire évoluer les dépenses nettes sous la limite européenne recommandée, "stabiliser la dette exige aujourd'hui bien davantage d'efforts qu'hier", a-t-elle insisté: "l'objectif de 5% de déficit en 2027 constitue bien un minimum atteint à court terme".
Alors que le gouvernement mesure l'effort budgétaire par rapport à la trajectoire spontanée des finances publiques à politiques inchangées, le HCFP le chiffre plutôt à 40 milliards d'euros hors charge d'intérêts de la dette.
L'effort d'économies est réduit à 28 milliards en tenant compte du coût de la dette, qui augmentera de 12 milliards d'euros à 91 milliards selon le gouvernement. Le total est supérieur au budget de l'éducation ou de la défense et représente presque neuf fois celui de la justice.
Le HCFP identifie 17 milliards consistant surtout en des recettes nouvelles incluant des hausses de cotisations sociales ou des réductions de niches fiscales ou sociales.
Un environnement international instable
Côté dépenses, le chiffrage est de 11 milliards (après paiement des intérêts de la dette) avec notamment le gel du point d'indice dans la fonction publique ou celui des pensions de retraite de base à l'exception des plus basses.
L'équation budgétaire est rendue plus compliquée encore pour le gouvernement par un environnement international instable avec la guerre du Moyen-Orient, des poussées inflationnistes et une grande incertitude politique en France.
Dans ce contexte, le Haut Conseil juge "plausible" le scénario économique pour 2026, mais estime "optimiste" la prévision de croissance pour 2027, prévue à 1% après 0,5% cette année.
De même, l'objectif de ramener le déficit public sous 3% du PIB en 2029, dans la limite européenne, est "très peu vraisemblable", selon le HCFP. Le ministre de l'Économie Roland Lescure a lui estimé que "bien qu'ambitieux", cet objectif "restait à portée de main".