Marine Le Pen a affirmé préférer l'adoption d'un budget "imparfait" plutôt qu'une loi spéciale, jugeant qu'il lui serait plus facile de le modifier en cas de victoire à la présidentielle de 2027. La patronne des députés RN pose toutefois plusieurs conditions politiques au gouvernement, dont un gel de l'immigration jusqu'à l'élection.
Marine Le Pen, patronne des députés RN, a assuré qu'elle préférait qu'un budget même "imparfait" soit adopté au Parlement cet automne plutôt qu'une loi spéciale, car il lui serait plus simple, en cas de victoire à l'élection présidentielle, de revoir la copie en 2027.
"Un budget imparfait opérationnel avant les élections est préférable cette fois à une loi spéciale", a déclaré la candidate du Rassemblement national devant les parlementaires de son parti réunis au Touquet. Elle a avant tout argué d'une difficulté de calendrier : en cas d'arrivée au pouvoir, un nouveau chef de l'État pourrait modifier plus rapidement un budget déjà existant, alors qu'il lui faudrait de nombreux mois de navette parlementaire pour repartir d'une page blanche.
Une équation déjà esquissée par le Premier ministre Sébastien Lecornu, qui avait évoqué en août, dans une lettre aux parlementaires, l'idée d'un budget réversible par le vainqueur de la prochaine présidentielle.
Aucun "blanc-seing" au gouvernement
Cheffe du groupe d'extrême droite, dont la position pourrait décider de l'adoption ou non d'un budget à l'Assemblée, Marine Le Pen a toutefois rejeté tout « blanc-seing » au gouvernement sur sa copie budgétaire. "Nous n'accepterons aucune hausse d'impôt et aucune injustice sociale contre la France du travail", a-t-elle d'abord lancé à l'adresse de Sébastien Lecornu, qui doit dévoiler sa copie budgétaire le 30 septembre. "Nous exigerons des économies, des économies, des économies", a-t-elle martelé.
Des conditions politiques allant au-delà du budget
La cheffe de file du RN est allée plus loin, estimant que "Sébastien Lecornu doit aussi s'engager à ne plus soutenir des politiques qui engagent l'avenir de la France bien au-delà de 2027". Parmi ses "conditions politiques", elle demande au gouvernement de ne pas conclure d'accord avec Bruxelles sur le cadre financier pluriannuel de l'Union européenne pour 2028-2034, actuellement en cours d'élaboration, mais aussi de suspendre la troisième Programmation pluriannuelle de l'énergie, et de "geler au moins l'immigration jusqu'à l'élection présidentielle".
En l'absence de majorité à l'Assemblée, le gouvernement dispose de peu de leviers. Il peut rechercher un accord politique, avec le Parti socialiste ou le Rassemblement national, qui peuvent s'engager à ne pas le censurer en cas de recours à l'article 49 alinéa 3. Si les débats dépassent les délais constitutionnels, il peut aussi faire adopter le budget par ordonnances, sans vote du Parlement, une arme qui n'a encore jamais été employée dans l'histoire. Les deux dernières années, une loi spéciale avait reconduit les crédits de l'année précédente pour quelques semaines.