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Télé-expertise optique : le syndicat des ophtalmologistes alerte sur «les dérives», quels sont les risques réels ?

C'est une pratique qui se développe : la télé-expertise. Les opticiens promettent une ordonnance en 48h à leurs clients pour choisir de nouvelles lunettes ou lentilles. Mais le syndicat national des médecins ophtalmologistes de France dénonce des risques de fraude et surtout pour la santé des patients. 

La télé-expertise se développe de plus en plus en France. Son fonctionnement est simple. Le patient prend rendez-vous chez un opticien, le professionnel de santé procède à un contrôle de la vue et envoie ensuite le résultat à un ophtalmologiste engagé par une société qui propose la télé-expertise. 

Les opticiens aussi tirent la sonnette d'alarme

Le médecin délivre alors une ordonnance sans jamais avoir eu le moindre contact avec le patient. Le Dr Vincent Dedes, président du syndicat national des médecins ophtalmologistes de France, alerte sur les risques pour la santé. 

"Si je prends les chiffres des plateformes, on est au moins à 300.000 patients-clients qui sont passés par ces plateformes sans aucun examen médical. Si on prend la prévalence, c'est-à-dire le risque de glaucome sur l'ensemble de la population française, on peut déjà se dire qu'on a au minimum entre 5 et 6.000 patients qui n'ont pas été dépistés ni traités d'une maladie grave. Dans le glaucome, tout ce qui est perdu est perdu définitivement", insiste-t-il au micro d'Europe 1.

Les opticiens aussi tirent la sonnette d'alarme. Jean-François Porte, président du syndicat majoritaire Rassemblement des Opticiens de France, demande un encadrement de la pratique de la télé-expertise. 

"Si cet ophtalmo est à 400-600km, comment assure-t-on un suivi médical ? Ça n'a pas de sens aujourd'hui. Nous, on souhaite qu'il y ait des protocoles qui soient mis en place en local et que l'opticien puisse faire certaines prises ou mesures envoyées aux ophtalmos qui, eux, prendront la décision : je ne vois rien, je fais une ordonnance, je détecte un problème médical, je m'assure de recevoir ce patient dans une semaine ou 15 jours. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui". 

Sur les 14.000 centres optiques en France, entre 2.000 et 2.500, soit un sur sept, utilisent la télé-expertise. Pourtant, dans le cadre de cette pratique, la loi dit qu'un médecin ne peut adresser une ordonnance qu'à un confrère. Selon Vincent Dedes, les autorités de santé sont aujourd'hui dans l'incapacité d'effectuer des contrôles.