Une ancienne de Facebook dénonce l'inaction du groupe contre les influences électorales

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Une ancienne analyste de Facebook pointe, dans un memo interne révélé dimanche, les lacunes majeures du réseau social dans le traitement des tentatives d’utilisation du site pour influencer des élections à l’international. Elle dénonce l'aphasie du réseau social face à cette menace et le trop grand pouvoir de décision politique laissé à des employés jamais supervisés.

Les accusations tombent mal pour Facebook, qui essayait de redorer son image en la matière. Dans un mémorandum publié sur les espaces de discussion interne au réseau social et publié dimanche par le site américain BuzzFeed, une ancienne analyste licencié au mois d'août dénonce le manque de sérieux du groupe dans le traitement des tentatives d’utilisation du site pour influencer des élections à l’international. Sophie Zhang était "data scientist" au sein du groupe, en charge de ce qui est appelé "l’intégrité civique". Son travail dans l'entreprise était de s’assurer que les échanges sur le réseau social étaient authentiques. Mais son memo pointe les lacunes majeures de Facebook : le réseau social ferait volontairement l'impasse sur ce problème, selon cette analyste.

"Si les problèmes étaient réels, ils auraient attiré l'attention"

Dans son rapport, l'ancienne employée écrit : "C'est un secret de Polichinelle que les décisions à court terme de Facebook sont motivées en grande partie par la communication et le risque d'attirer l'attention de manière négative. C'est pour ça qu'un de mes supérieurs m'a informée que mon travail n'avait pas d'impact, parce que si les problèmes étaient réels, ils auraient attiré l'attention, la presse s'en serait emparé, et l'entreprise aurait dû y passer plus de temps." L’analyste semble catastrophée par ses propres actes : "J'ai constaté de multiple tentatives de la part de gouvernements étrangers d'abuser de notre plateforme afin de tromper leurs propres citoyens", écrit-elle.

"Je sais que j'ai du sang sur les mains"

Les accusations de l'ancienne employée vont même plus loin. "J'ai personnellement pris des décisions qui ont affecté des présidents, sans supervision, et j'ai dû sévir contre tellement d'hommes politiques de premier rang dans le monde que j'ai arrêté de compter", se souvient-elle, avant d'ajouter, catastrophée : "Je sais que j'ai du sang sur les mains". Pour l’instant, le réseau social minimise et résume ces accusations.

"Comme beaucoup d’équipes dans l’industrie ou dans les gouvernements, nous priorisons les sujets sensibles. Les faux likes n’en font pas partie", a déclaré le vice-président en charge de l’intégrité chez Facebook.

Europe 1
Par Charles Decant avec Alexis Patri