Pourquoi WhatsApp pourrait disparaître du Royaume-Uni ?

WhatsApp
WhatsApp pourrait être en danger sur le territoire britannique en raison d'un projet de loi. © JAKUB PORZYCKI / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP
  • Copié
Romain Rouillard / Crédit photo : JAKUB PORZYCKI / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP , modifié à
Un projet de loi sur la sécurité en ligne, actuellement examiné par la Chambre des Lords, assombrit l'avenir de la messagerie WhatsApp au Royaume-Uni, avertissent certains ministres. En cause, la volonté de rendre lisibles les messages des utilisateurs afin de détecter du contenus à caractère terroriste ou pédopornographique.

C'est une application devenue banale dans notre quotidien mais qui se trouve actuellement sur le fil du rasoir de l'autre côté de la Manche. La messagerie WhatsApp pourrait, craignent certains ministres, disparaître du Royaume-Uni, rapporte The Guardian, cité par BFMTV. En cause, un projet de loi sur la sécurité en ligne, actuellement examiné par la Chambre des Lords. Au cœur de ce texte de 250 pages, rédigé par huit secrétaires d'État et cinq Premiers ministres après quatre ans de travail, le pouvoir nouveau accordé à l'autorité régulatrice des télécommunications outre-Manche (Ofcom). Cette instance pourrait alors imposer aux réseaux sociaux l'usage d'outils technologiques pour lutter contre certains contenus en ligne. 

En clair, l'Ofcom pourrait se livrer à une analyse proactive de messages privés sur des services de communication cryptés de bout en bout, comme WhatsApp. Avec, pour objectif, de déceler du contenu à caractère terroriste ou pédopornographique. Le projet de loi prévoit d'infliger des amendes, allant jusqu'à 10% du chiffre d'affaires mondial, aux plateformes qui refuseraient de s'y soumettre.

"Le projet de loi ne fournit aucune protection explicite pour le cryptage"

Mais pour WhatsApp, cette disposition contrevient à la promesse initiale faite aux utilisateurs à savoir garantir la confidentialité des échanges. Et d'un point de vue purement technique, il est de toute façon impossible pour ce type de plateforme, utilisant un cryptage de bout en bout, de lire des messages privés. Quoi qu'il arrive, WhatsApp refuse, en l'état actuel des choses, de sauter le pas. "Le projet de loi ne fournit aucune protection explicite pour le cryptage", a dénoncé une coalition de plateformes à laquelle se sont joints WhatsApp et Signal. Une mesure qui pourrait, disent-ils, "compromettre la confidentialité de tous les utilisateurs". 

En mars dernier, Will Cathcart, le patron de WhatsApp avait déjà émis des doutes, auprès du Guardian, quant à la pertinence de ce projet de loi pour la plateforme qu'il dirige. "98% de nos utilisateurs se trouvent en dehors du Royaume-Uni. Ce serait un choix étrange pour nous de choisir de réduire la sécurité du produit d'une manière qui affecterait ces 98% d'utilisateurs", affirmait-il.

Plus récemment, c'est Richard Allan, membre de la Chambre et ancien chef de la politique de Meta (qui regroupe Facebook, WhatsApp et Instagram), qui dénonçait, toujours dans le Guardian, une "ambiguïté intentionnelle" de la part du gouvernement britannique. "Ils prennent soin de dire qu'ils n'ont aucune intention d'interdire le chiffrement de bout en bout… mais refusent en même temps de confirmer qu'ils ne pourraient pas le faire en vertu des nouveaux pouvoirs du projet de loi", a-t-il fustigé.

Pas question d'interdire le cryptage de bout en bout

Damian Collins, député conservateur ayant présidé un comité censé examiner le projet de loi, assure que cette dernière ne remettrait pas en cause le cryptage mais se contenterait d'obliger les plateformes à partager les contenus auxquelles elles ont accès. Ce qui n'inclut pas le contenu des messages privés. Le parlementaire concède toutefois que, par le biais de cette disposition, les autorités régulatrices devraient pouvoir accéder aux données d'arrière-plan des utilisateurs, y compris à leurs contacts. 

Du côté des défenseurs du projet, on tente de rassurer les plus sceptiques. "Le projet de loi sur la sécurité en ligne ne représente en aucun cas une interdiction du cryptage de bout en bout, et n'exigera pas non plus de services pour affaiblir le cryptage", a assuré un porte-parole du ministère de l'Intérieur. Et d'ajouter, comme pour insister sur le bienfondé du texte : "Nous soutenons un cryptage fort, mais cela ne peut pas se faire au détriment de la sécurité publique".