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Médias : le groupe Infopro Digital remplace tout un service par de l'IA

Cette décision concerne 19 journalistes chargés de relire, corriger et hiérarchiser les contenus avant leur publication. [© Riccardo Milani / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP]

Le groupe Infopro Digital a décidé de supprimer l'ensemble de ses postes de secrétaires de rédaction pour les remplacer par un outil d'intelligence artificielle baptisé "Digi". Une décision qui provoque une vive colère des salariés et relance le débat sur l'avenir du journalisme face à l'IA.

Des secrétaires de rédaction remplacés par l'IA. C'est une annonce qui secoue le monde des médias. Le groupe français Infopro Digital a décidé de supprimer tous ses postes de secrétaires de rédaction au profit d'un outil d'intelligence artificielle interne nommé "Digi".

Révélée par L'Informé, cette décision concerne 19 journalistes chargés de relire, corriger et hiérarchiser les contenus avant leur publication. Les secrétaires de rédaction jouent un rôle central dans les rédactions : ils vérifient les informations, corrigent les erreurs sur le fond comme sur la forme et assurent la qualité éditoriale des articles.

Le groupe, qui possède notamment Le Moniteur et L'Usine Nouvelle, a présenté ce projet lundi 4 mai lors d'un comité social et économique.

«Digi», le nouvel outil maison

Avec cette réorganisation, l'intelligence artificielle sera désormais chargée d'assister la vérification des contenus, l'amélioration des textes et leur mise en page avant publication.

En parallèle, la direction prévoit la création de cinq postes de "chefs d’édition", chargés de travailler avec l'IA sur l'ensemble des 26 titres du groupe. Les salariés concernés pourront également postuler à d'autres fonctions comme maquettiste, iconographe ou rédacteur spécialisé.

Selon les syndicats, cette annonce a provoqué un véritable choc au sein des équipes. Les journalistes ont d'ailleurs voté une grève jusqu'à jeudi soir pour protester contre ce projet.

Les syndicats dénoncent une décision "improvisée"

Les organisations syndicales SNJ, SNJ-CGT, FO, Unsa et CFDT dénoncent un projet "totalement improvisé".

Dans un communiqué commun, elles estiment que cette transformation n'est "ni humainement, ni techniquement, ni journalistiquement viable". Les représentants des salariés considèrent également qu'il s'agit "d'une insulte à l'intelligence des lectrices et des lecteurs".

Autre point de crispation : la situation financière du groupe. Contrairement à une partie de la presse généraliste en difficulté, Infopro Digital afficherait des résultats particulièrement solides.

Selon les syndicats, les sociétés Groupe Moniteur et Gisi ont généré en 2024 un Ebitda de 38,4 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 141,6 millions d'euros, soit une marge de plus de 27 %.

Un débat plus large sur l'IA dans les rédactions

La direction du groupe, contrôlé par le fonds d'investissement TowerBrook, n'a pas souhaité commenter publiquement la situation.

D'après les syndicats, l'entreprise justifie cette suppression de postes par la baisse des tirages papier. Les représentants du personnel estiment pourtant que la direction a elle-même fragilisé les rédactions en réduisant progressivement les moyens de production.

Ce conflit n'est pas le premier autour de l'intelligence artificielle chez Infopro Digital. L'an dernier déjà, les représentants des salariés avaient saisi la justice pour contraindre la direction à ouvrir une consultation officielle sur l'utilisation de l'IA générative.

Le sujet dépasse désormais ce seul groupe de presse. Plusieurs rédactions françaises s'interrogent actuellement sur la place que prendra l'intelligence artificielle dans la production de l'information, notamment au sein de L'Équipe, où des tensions similaires émergent autour du déploiement de nouveaux outils technologiques.