Guerre en Ukraine : qui était Arman Soldin, le journaliste de l'AFP tué près de Bakhmout ?

Arman Soldin
Le journaliste Arman Soldin a été tué mardi en Ukraine. © Yasuyoshi CHIBA / AFP
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avec AFP / Crédits photo : Yasuyoshi CHIBA / AFP
Le coordinateur vidéo de l'Agence France-Presse en Ukraine Arman Soldin a été tué mardi après-midi lors d'une attaque de roquettes russes dans l'Est de l'Ukraine, près de la ville assiégée de Bakhmout. Le journaliste s'est employé à filmer la bataille militaire et les destructions engendrées, malgré la violence.

Témoigner de la bataille de Bakhmout et de la vie des populations condamnées à la survie : le travail récent d'Arman Soldin donne une idée de son engagement à couvrir ce conflit. Avec ténacité, curiosité mais aussi une bonne humeur contagieuse, le coordinateur vidéo de l'AFP en Ukraine, tué à 32 ans dans une frappe de roquettes dans l'Est de l'Ukraine, s'attachait depuis les premiers jours à raconter cette guerre qui entrait en résonance avec son histoire personnelle, lui qui avait fui à un an sa Bosnie natale pour la France.

Il s'est employé à filmer les combats à Bakhmout

À Bakhmout, ville ukrainienne que les forces russes assaillent depuis août dernier, il s'employait malgré la violence des combats à filmer la bataille militaire et les destructions engendrées. Il racontait aussi la vie des gens ordinaires pris dans la guerre et cherchant à survivre dans le chaos. Comme cette femme s'occupant de son jardin à Tchassiv Yar, localité près de Bakhmout où il est mort, ou le livreur de pain à scooter sur les chemins du Donbass.

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Le journaliste Arman Soldin avait 32 ans.
Crédits : ARMAN SOLDIN / AFP

À Kiev, il avait saisi un moment de tendresse lors d'une partie de jeu vidéo en ligne entre un père enrôlé dans l'armé et son fils réfugié à l'étranger. Ses images faisaient souvent le tour du monde. Et même après une longue journée de reportage transmis à l'AFP, on le voyait encore télécharger ses images sur les réseaux sociaux. Son obsession: relater au plus grand nombre ce qu'il avait vu de ce qu'il avait décrit comme "une guerre un peu à l'ancienne, en pleine Europe".

Un passionné de foot

Arman Soldin est né à Sarajevo et était l'un des premier évacués en France en 1992 au début du siège. Il avait à peine un an. "Les histoires de réfugiés me touchent", racontait-il l'année dernière pour le blog Making Of de l'AFP, interrogé depuis Kiev alors qu'il s'éclairait à la bougie. Il parlait couramment français, anglais et italien mais ses origines l'aidaient dans son travail en Ukraine : "Je baragouine un peu en bosniaque, c'est aussi une langue slave, on se comprend un peu." "Beaucoup de femmes s'appellent Oksana, ma mère aussi", racontait-il.

Footballeur doué, il avait porté les couleurs du Stade Rennais dans l'ouest de la France, de 2006 à 2008 mais avait abandonné ses espoirs d'accéder à une carrière professionnelle. Le club Rouge et Noir a adressé ses condoléances à sa famille et à ses proches. C'est comme stagiaire au bureau de Rome qu'il avait rejoint l'AFP en 2015.

Arman avait tellement impressionné qu'il y avait été rapidement embauché, à Londres la même année, où il s'est retrouvé à couvrir les années mouvementées du Brexit. Il est retourné en Italie en 2020 lors de la pandémie de Covid-19 et trouvait des histoires à raconter même quand tout était fermé et tous étaient confinés, avec la même humanité qui a caractérisé son travail en Ukraine.

Le journaliste s'était porté volontaire dès le début de l'invasion russe

"Il avait fait une vidéo d'un mec qui dansait tout seul face au Vatican dans Rome déserte, une autre vidéo d'un mec qui faisait du skate dans une ville en Ukraine, complètement dystopique", raconte un collègue. Une grande partie des images d'Arman étaient d'ailleurs tournées au téléphone portable, non seulement pour la légèreté mais aussi pour moins impressionner ceux qu'il interrogeait.

Quand la Russie a envahi l'Ukraine en février l'année dernière, Arman s'est porté volontaire pour faire partie des premiers envoyés spéciaux de l'Agence. "Un an presque jour pour jour depuis mon arrivée en Ukraine pour la première fois qui a changé ma vie", écrivait-il en février, se disant "très fier et ému du travail, des efforts et des larmes que nous y avons consacrés avec mes collègues". "Ce n'est pas fini", ajoutait-il.

"Il était courageux, créatif et tenace"

"Il était courageux, créatif et tenace", lui a rendu hommage le directeur de l'information de l'AFP Phil Chetwynd. "Il était débordant d'énergie, c'est même ainsi qu'il se définissait lui-même sur les réseaux. D'une dévotion totale à son métier de journaliste", a salué la directrice Europe de l'AFP, Christine Buhagiar. Tous ceux qui ont rencontré Arman décrivaient son énergie mais aussi sa bonne humeur communicative.

Le 21 mars dernier, il avait fêté son anniversaire avec une équipe de l'AFP à Kramatorsk, dans l'Est de l'Ukraine. "On avait débouché une bonne bouteille pour l'occasion, un collègue avait sorti une guitare", a raconté l'un de ses rédacteurs en chef, Antoine Lambroschini. "Et lui était là, un petit sourire ravi aux lèvres".

 

Des réactions internationales après la mort du journaliste de l'AFP

Emmanuel Macron a salué le "courage" du journaliste de l'AFP Arman Soldin tué mardi lors d'une attaque de roquettes dans l'est de l'Ukraine, affirmant partager "la douleur de ses proches et de tous ses confrères". "Journaliste de l'Agence France-Presse, l'un de nos compatriotes, Arman Soldin, a été tué en Ukraine. Avec courage, dès les premières heures du conflit il était au front pour établir les faits. Pour nous informer", a écrit sur Twitter le président français.

Le ministère de la Défense ukrainien a présenté ses "sincères condoléances" mardi à la suite de la mort du journaliste de l'AFP Arman Soldin, tué par une frappe de roquettes près de Bakhmout, dans l'est de l'Ukraine. "Nous présentons nos sincères condoléances à sa famille et à ses collègues", a écrit le ministère sur Twitter, ajoutant: "Il a consacré sa vie à rendre compte de la vérité au monde".

"Le monde a une dette envers Arman" Soldin et envers "les 10 autres reporters et employés de médias qui ont perdu la vie" en couvrant le conflit, a réagi mardi la porte-parole de la Maison Blanche, Karine Jean-Pierre. "Nos pensées vont à la famille d'Arman Soldin, qui a perdu la vie aujourd'hui sur la ligne de front de la guerre en Ukraine, et à ses collègues à l'AFP", a-t-elle indiqué dans un communiqué, en ajoutant : "Le journalisme est l'un des fondements d'une société libre."

Le Kremlin s'est également dit peiné par la mort du coordinateur vidéo, et a appelé à éclaircir les circonstances. "Il nous faut comprendre les circonstances de la mort de ce journaliste", a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, en appelant à ne pas "prendre pour argent comptant" les affirmations ukrainiennes désignant les Russes comme les auteurs de la frappe mortelle. "Nous ne pouvons qu'être peinés au sujet" de la mort du coordinateur vidéo de l'AFP en Ukraine, a-t-il ajouté.