Comment les médias pour mineurs abordent-ils le terrorisme et les fake news ?

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école éducation médias Charlie Hebdo terrorisme 4:38
Pour Aude Favre, "la question des caricatures relève d'une vraie éducation", qui prend beaucoup de temps. © GEORGES GOBET / AFP
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L'assassinat du professeur Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine, vendredi, pousse les médias comme Mon Quotidien à traiter la problématique du terrorisme, souvent délicate pour les plus jeunes. Invité de Culture Médias avec Aude Favre, de l'association Fake Off, Bruno Quattrone, son rédacteur en chef, raconte le traitement particulier de ces sujets.
ANALYSE

Comment expliquer à un enfant de 10 ans qu'un professeur a été décapité devant son collège parce qu'il avait montré à ses élèves des caricatures ? De nombreux parents se sont posés la question depuis l'assassinat, vendredi, de Samuel Paty, à Conflans Sainte-Honorine. Ils ne sont pas les seuls : les médias pour enfants et adolescents sont régulièrement confrontés au traitement particulier des problématiques de liberté d'expression et de terrorisme depuis l'attentat de Charlie Hebdo. Bruno Quattrone, rédacteur en chef de Playbac (Le Petit quotidien, Mon Quotidien, L'Actu) et Aude Favre, du collectif Fake Off, étaient les invités de Culture Médias, mercredi, pour en parler.

Les médias du groupe Play Bac ont traité l'actualité relative à l'attentat visant Samuel Paty mardi. "Un prof d'histoire géo a été assassiné par un terroriste islamiste", affichait la Une des deux journaux. Le mot décapité figure dans l'article, mais seulement en page 3. "On s'est posé la question", raconte Bruno Quattrone. "Ce n'est pas la peine de créer une image encore plus traumatisante pour des enfants qui n'auraient pas forcément associé le fait qu'un enseignant soit assassiné devant son collège. Déjà, en soi, c'est très choquant pour un enfant. Il y avait aussi un risque qu'il ne soit pas compris", assure-t-il, expliquant qu'une enseignante de CE1 relit chaque journal pour apporter son éclairage sur les notions et les mots qu'il est possible d'employer.

"Pas de tabou" sur les sujets traités

Un vocabulaire adapté, donc, mais "pas de tabou" dans les thèmes abordés, selon le rédacteur en chef. "On traite tous les sujets", affirme-t-il. "Quand il se passe un événement comme ça, on essaye déjà de répondre aux questions des enfants, donc on leur demande quelles questions ils se posent pour essayer d'y répondre. On met vraiment en avant l'éducation civique, c'est-à-dire qu'on retourne aux fondamentaux. On explique ce que sont la liberté, la liberté d'expression, la liberté de la presse, la laïcité, les religions, leur place. C'est de la presse, mais on a aussi cette vocation d'éducation civique. Il faut vraiment retourner à ça pour aider les enfants à comprendre." Par exemple, pour l'assassinat de Samuel Paty, le journal "a fait une fiche infographie avec 10 mots sur le terrorisme islamiste".

Et l'idée n'est pas de court-circuiter l'éducation parentale : "Quand on fait des numéros comme ça, qui sont quand même assez particuliers, on annonce en Une 'parents, lisez cet article avec vos enfants'. Comme ça, si jamais ils ne veulent pas, c'est quand même eux qui vont décider."

Charlie Hebdo, "émancipateur" ?

Sur la réception par les élèves, "Charlie Hebdo a été assez émancipateur", raconte Aude Favre, membre du collectif Fake Off, qui s'est formé à la suite des attentats de janvier 2015. "On est partis avec notre petit bâton de pèlerin dialoguer avec les jeunes, parce qu'on voyait une telle masse de désinformation", raconte la journaliste, qui anime également la chaîne YouTube What The Fake. 

Y a-t-il des "blocages" de la part des adolescents face à ce traitement du terrorisme et de la liberté d'expression ? "J'étais assez contente, parce que j'ai des collèges qui se sont mis à s'abonner à Charlie Hebdo", poursuit Aude Favre. "Tout bêtement, je me souviens me promener avec mon Charlie Hebdo à la suite des attentats, de le montrer quand la question venait et de voir des jeunes rigoler, de les voir s'informer et comprendre quelque chose. Ça dépassionnait un petit peu le débat. Toute la question des caricatures relève d'une vraie éducation qui prendrait beaucoup plus de temps."