La longue traque du tueur en série du "Golden State : "Une aiguille dans une botte de foin"

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L'homme exerçait dans la police au moment des crimes (photo d'illustration).
L'homme exerçait dans la police au moment des crimes (photo d'illustration). © Ethan Miller / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
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Après avoir échappé aux autorités pendant quarante ans, Joseph James DeAngelo, ancien gardien de la paix, a été confondu par son ADN et arrêté mercredi près de Sacramento, en Californie.

Les policiers surveillaient Joseph James DeAngelo depuis six jours. Devant son domicile de Citrus Height, dans la banlieue de Sacramento, ils relevaient scrupuleusement tous les déplacements du septuagénaire, à mille lieues de se douter que son passé était sur le point de le rattraper. Mercredi, l'homme est normalement sorti de son pavillon vers 16 heures. Lorsque les agents lui ont passé les menottes aux poignets, il n'a opposé aucune résistance mais semblait "surpris", selon le shérif Scott Jones. Le mandat d'arrêt le visant, pour les chefs d'accusation de meurtres et viols avec circonstances aggravantes, laissait pourtant peu de place au doute. Quarante ans après la fin de son périple meurtrier, le tueur en série du "Golden State" venait d'être arrêté, au terme d'une enquête revenant à "chercher une aiguille dans une botte de foin", selon les termes de la procureure de Sacramento.

Visage masqué et couteau de boucher. La première plainte de l'épineux dossier remonte au mois de juin 1976, retrace Fox61. Dans sa maison de Citrus Height, Jane Carson-Sandler se couche avec son fils de trois ans. Son époux, qui travaille de nuit, est parti depuis quelques heures. Soudain, la mère de famille est brutalement réveillée par un homme au visage masqué, armé d'un couteau de boucher et qui braque une lampe torche sur son visage. L'agresseur attache la femme et son fils, puis viole Jane Carson-Sandler avant de prendre la fuite.

Dans le quartier, le mode opératoire se répète. Ne disposant que de maigres détails sur le physique d'un homme qui prend toujours le soin de cacher son visage, la police n'identifie pas de suspect. Pour les médias, l'agresseur devient "le violeur de l'est". Il agit principalement la nuit, au domicile de femmes seules ou de couples, dont l'homme est contraint d'assister au viol de sa femme.

"Les victimes reçoivent des coups de téléphone étranges avant et après les attaques", écrit Michelle McNamara, auteure d'un livre-enquête récemment publié sur le parcours du criminel. "Il sabote les éclairages des porches et déverrouille les fenêtres, vide les chargeurs des armes, cache des lacets de chaussures ou des cordes sous les coussins pour les utiliser comme des liens. Ces manoeuvres lui donnent un avantage crucial : lorsque vous vous réveillez d'un sommeil profond, aveuglé par une lampe torche, face à un homme en masque de ski, il est un étranger pour vous mais vous ne l'êtes pas pour lui."

En février 1978, le "violeur de l'est" commet son premier meurtre sur un couple promenant son chien, qui le surprend sur le point d'entrer par effraction dans une maison de Citrus Height. Et puis, subitement, les agressions s'arrêtent dans le quartier.

"Le violeur de l'est" ou "le harceleur de nuit" ?  Elles reprennent à quelques centaines de kilomètres de là, dans le comté de Santa Barbara, toujours en Californie. Le mode opératoire ne change pas mais le rapprochement n'est pas immédiatement opéré par la police. Les médias dessinent alors le portrait d'un nouveau suspect, cette fois baptisé "le harceleur de nuit". Interrogé par Fox61, une ancienne enquêtrice se souvient de crimes "sans aucun sentiment, très froids, très violents". Leur rythme s'accélère, entre décembre 1979 et mai 1986. Au total, une cinquantaine de viols, douze meurtres et plus de 120 cambriolages sont recensés. Les victimes ont entre 14 et 41 ans.

À nouveau, les crimes prennent fin, cette fois sans se déplacer en un autre point de l'État. Les enquêteurs explorent plusieurs explications, envisageant que l'assassin soit emprisonné dans une autre affaire, malade ou décédé, selon le Daily Bulletin. Mais les investigations ne sont pas abandonnées. Les progrès de la science, et notamment l'utilisation des expertises ADN, permettent de confirmer les doutes des policiers : en 2001, grâce aux nombreuses empreintes génétiques relevées sur les lieux des crimes, ils détiennent la preuve que le "violeur de l'est" et le "harceleur de nuit" sont la même personne.

Ce sont encore les progrès de l'analyse ADN qui ont permis aux enquêteurs d'identifier Joseph James DeAngelo ces derniers jours, a indiqué la police, sans préciser les circonstances précises de cette ultime avancée. Selon les premiers éléments dont dispose la justice, le suspect est un vétéran de la "Navy" américaine, père de grands enfants qui collaborent actuellement avec les autorités. Entre 1973 et 1979, soit à l'époque des crimes, il exerçait en tant que policier, jusqu'à être renvoyé pour vol à l'étalage. "Nous essayons de remplir de nombreux trous dans son parcours", a déclaré Scott Jones à la chaîne NBC. "Nous n'avons pas encore tous les éléments".