George Floyd, Donald Trump, racisme : le chef de la police de Houston s’exprime sur Europe 1

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Art Acevedo, qui a vivement critiqué Donald Trump, a longuement répondu aux questions d’Europe 1 vendredi matin. Le chef de la police de Houston est également revenu sur la mort de George Floyd, originaire de la cité texane, ou du racisme au sein de la police américaine.
INTERVIEW

>> Art Acevedo est le chef de la police de Houston. Lundi, ce haut gradé a vivement critiqué le président Donald Trump, en direct sur CNN. En cause : la politique dure, voire martiale du président américain depuis la mort de George Floyd, cet Afro-Américain tué par la police à Minneapolis. Art Acevedo est également revenu sur le racisme au sein des forces de l’ordre, et sur les funérailles de George Floyd, qui auront lieu lundi à Houston, la ville d’où il est originaire. Retrouvez l’intégralité de son interview accordée vendredi matin à Europe 1.

George Floyd a grandi à Houston, il sera enterré et sa dépouille sera exposée à sa population lundi. Qu’attendez-vous de ce week-end ?

"Nous nous attendons à ce que les manifestations se poursuivent, mais dans le calme. Houston est la grosse ville américaine avec la population la plus variée. Jusqu’ici, les communautés sont dans un état d’esprit formidable. Il peut y avoir des colères, mais nous aimons tous cette ville, Houston est forte et nous faisons tout ce qu’il faut pour assurer la sécurité les uns et des autres.

Lundi, le monde entier aura les yeux rivés sur Houston. Combien de policiers seront mobilisés ? Il y a une grosse pression sur vos épaules, non ?

Oui c’est le cas, mais il y a aussi notre devoir. On est responsable de la sécurité de tous ceux qui seront là. Nous avons dans notre département 5.400 officiers de police et nous aurons des renforts de la police de l’État et des alentours. Nous avons les atouts pour préserver la sécurité de la communauté.

Vous avez dit en parlant de Donald Trump : "Si vous n’avez rien de constructif à dire, fermez votre bouche". Manque-t-il à sa mission présidentielle ?

Je pense qu’il donne un évaluation individuelle à chaque personne sous ses ordres. Nous avons besoin maintenant de mots qui comptent, nous n’avons pas besoin de leçons d’aucun leader de ce pays. Nous avons tous besoin de venir ensemble nous exprimer d’une manière qui favorise la cicatrisation des plaies, qui favorise la confiance et la responsabilité, ce qui amènera à la paix et à la réconciliation. Il faut aller de l’avant et nous espérons que le président sera dans un discours plus constructif avec le peuple américain.

Entendu sur europe1 :
Nous avons besoin de cicatriser les plaies

Vous avez l’air de dire au président qu’il ne vous aide pas, qu’il ne vous facilite pas la tâche.

Il faut savoir se tenir, nous sommes les États-Unis d’Amérique. La statue de la Liberté nous a été offert par la France, c’est un symbole de ce que la démocratie doit être, c’est une reconnaissance de ce que notre pays a construit. Nous devons nous apporter de l’espoir les uns les autres. Les individus qui ne veulent pas faire avancer le débat dans le bon sens feraient mieux de ne rien dire du tout. Jeter de l’huile sur le feu ne sert à rien.

La seule chose qui pourrait éteindre les flammes de la haine et de la colère, c’est l’amour. Il n’y a que l’amour. J’espère, à l’approche des funérailles, qu’on pourra s’aimer les uns les autres et qu’on arrivera à une politique et à des lois qui mettent à l’écart les officiers qui violent le serment de confiance. Ce ne sont plus des policiers. Ceux qui font bien leur travail méritent qu’on fasse tout notre possible pour écarter tous ceux qui violent le code d’honneur de la police américaine.

On reproche à Donald Trump de ne pas utiliser le mot racisme.

Je ne sais pas ce qu’il a dit ou non, j’étais trop occupé à garder la ville de Houston en sécurité. Le plus important, c’était aussi que les personnes venues se recueillir puissent honorer la famille Floyd. La famille a appelé les manifestants au calme, alors que personne ne souffre autant qu’eux. La famille comprend la haine,mais elle comprend aussi que la meilleure manière d’aider George Floyd c’est de manifester sans violence. Pour revenir à votre question, je ne sais pas ce qu’a dit Donald Trump de plus que ce que j’ai commenté.

Entendu sur europe1 :
Y a-t-il des policiers racistes ? Oui, mais c'est l'exception, pas la règle

La police américaine est-elle raciste ? Pourquoi George Floyd est mort ?

Ce qui a amené la mort de George Floyd, c’est un policier qui a utilisé une certaine technique. Qu’elle soit autorisée ou pas, je ne vais pas le commenter. A Houston, on ne laisse pas nos hommes utiliser des prises de karaté à moins de combattre pour leur vie. Là, le policier a maintenu sa prise alors que la situation avait l’air sous contrôle. Alors que George a supplié pour sa vie, il a choisi de maintenir le genou sur son cou, et c’est ce qui a causé sa mort.

Les trois autres officiers avaient le devoir d’intervenir et ils ne l’ont pas fait. Ça me désole, comme tous les officiers de ce pays. Y’a-t-il des policiers racistes ? Oui. Je peux vous dire qu’après 30 ans de métier c’est l’exception, et pas la règle. Et aujourd’hui ces policiers sont poursuivis pour meurtre, alors on est en bonne voie pour rendre justice à George Floyd et à sa famille. Ce sera bien accueilli par la communauté afro-américaine, qui en voyant George Floyd allonger pour supplier pour sa vie, a vu le visage de leurs proches.

C’est quelque chose qu’on connaît bien dans la police quand on voit les visages des victimes de crimes, on pense souvent aux visages de nos proches. Si on pense tous aux visages de nos familles, ça fera une bien meilleure police non seulement ici, mais dans le monde entier.

Entendu sur europe1 :
Il y a beaucoup de travail à accomplir, pas uniquement dans la police

Les policiers ont-ils peur quand ils interviennent ?

On entraîne nos officiers à surmonter les résistances, à gérer les cas complexes en garde à vue et à tout faire pour assurer leur sécurité et celle de la communauté. Dans notre département de police, dès le premier jour à l’Académie nous apprenons que la vie de chacun est le plus important. Sanctifier la vie doit être la chose la plus importante dans notre vie et dans notre peau. Pour ne plus avoir peur, nous devons nous comporter comme des hommes raisonnables et mesures. Et quand ça ne passe pas comme cela, évidemment que cela affecte plus les populations de couleur.

Ce que je veux vous dire, à vous Français, c’est de prier pour la paix et la réconciliation chez nous, ici, parce que cette colère ne concerne pas que la police. Il y a bien sûr des histoires très moches de police chez nous, mais il y en a aussi ailleurs. C’est aussi à cause des inégalités dans notre société. Il y a beaucoup de travail à accomplir, pas uniquement dans la police. Ce moment est un instant-clé, j’espère que nous allons travailler pour rendre notre pays plus fort et meilleur que jamais.

On vous a vu un genou à terre avec les manifestants. Vous êtes d’origine cubaine, que ressentez-vous quand on accuse la police ? Cela vous touche ?

La très grande majorité des policiers sont en colère. Ils se sentent blessés et salis par cette vidéo, car ils savent que cet événement nous impacte tous. Mais ce pays est le seul au monde, quand un enfant vient avec ses parents et ses frères et sœurs avec rien d’autre que 5 dollars, où il peut grandir et devenir le chef de la troisième plus grande ville de ce pays. Il n’y a qu’aux Etats-Unis qu’un fils d’Africain et de musulman comme Barack Obama puisse grandir et devenir président. Il n’y a aucun autre pays où j’aimerais être.