Tension et accusation après l'arrestation d'un candidat à la présidentielle en Tunisie

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Nabil Karoui, candidat à la présidentielle tunisienne, a été arrêté vendredi.
Nabil Karoui, candidat à la présidentielle tunisienne, a été arrêté vendredi. © Hasna / AFP
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Le candidat Nabil Karoui a été arrêté pour "blanchiment d'argent" vendredi. Mais son parti accuse le Premier ministre de simplement vouloir mettre hors-jeu son rival politique.

Le parti de Nabil Karoui, candidat à la présidentielle, arrêté pour "blanchiment d'argent", a accusé samedi le Premier ministre Youssef Chahed de chercher à barrer la route de ce rival potentiel, faisant grimper la tension à trois semaines d'un scrutin indécis. 

Inculpé pour "blanchiment d'argent"

Inculpé le 8 juillet avec son frère Ghazi pour "blanchiment d'argent", Nabil Karoui a été arrêté vendredi alors qu'il revenait de Béja (nord-ouest), où il venait d'ouvrir un nouveau local de son parti Qalb Tounes ("Le coeur de la Tunisie"). "Nous adressons une accusation directe envers Youssef Chahed et son gang, (celle) d'avoir orchestré cette arrestation", a déclaré lors d'une conférence de presse Iyadh Elloumi, un dirigeant du bureau politique de Qalb Tounes. 

Dénonçant des "pratiques dégradantes et dictatoriales", ce responsable a ironisé en remerciant Youssef Chahed "pour cette publicité gratuite qui ne va que dans l'intérêt de Nabil Karoui". Iyadh Elloumi a assuré que "la campagne électorale aura lieu en présence ou en l'absence de Nabil Karoui, qui va remporter la présidentielle dès le premier tour". 

Une arrestation à trois semaines d'une élection incertaine

Youssef Chahed n'a pas réagi jusque-là à ces accusations. Après s'être déclaré candidat, celui-ci, âgé de 43 ans, a délégué jeudi ses pouvoirs de chef de gouvernement au ministre de la Fonction publique Kamel Morjane, une ancienne figure du pouvoir sous le président déchu Zine El Abidine Ben Ali (1987-2011). 

Intervenant à trois semaines du premier tour de la présidentielle, cette arrestation fait monter la tension autour de ce scrutin particulièrement indécis, dans l'unique pays rescapé des Printemps arabes de 2011. Prévue en fin d'année, cette élection a été anticipée en raison du décès fin juillet du président Béji Caïd Essebsi.

"Nous attendons des explications"

Dans une première réaction, Rached Ghannouchi, le chef du parti d'inspiration islamique Ennahdha, principale force au Parlement, a dit n'être "pas ravi de cette arrestation ni de voir un parti ou un responsable de parti entravé". "Nous tenons à l'indépendance de la magistrature et nous attendons des explications de la justice sur cette arrestation", a ajouté Rached Ghannouchi, cité par une radio locale.

Le ministre de la Justice Karim Jamoussi a ordonné à l'inspection générale de son ministère "d'enquêter sur les circonstances de l'émission de deux mandats de dépôt à l'encontre de Nabil et Ghazi Karoui et de s'assurer de la légalité des procédures empruntées", a indiqué à l'AFP un responsable au sein de ce ministère, sous couvert d'anonymat. 

Le Conseil supérieur de la magistrature interpellé

Dans un communiqué, l'Association des juges tunisiens a appelé le procureur général de la Cour d'appel de Tunis à fournir "des explications à l'opinion publique sur les procédures de cette affaire et les derniers développements". Elle a également exhorté le Conseil supérieur de la magistrature à "garantir le bon déroulement de la magistrature et son indépendance" durant cette période "très sensible", conformément à ses prérogatives constitutionnelles. 

La liste définitive des candidatures doit être annoncée le 31 août. Samedi, l'instance électorale (Isie) a précisé que Nabil Karoui, essentiellement connu en tant que fondateur de la chaîne Nessma TV, restait candidat à la présidentielle.
Même des candidatures de personnes condamnées peuvent être acceptées en Tunisie, sauf si les jugements sont assortis d'une interdiction spécifique, a précisé le président de l'Isie, Nabil Baffoun, sur une radio privée.