Qui est vraiment Carles Puigdemont, l'homme qui défie Madrid ?

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Le chef du gouvernement catalan, Carles Puigdemont, est à l'heure du choix.
Le chef du gouvernement catalan, Carles Puigdemont, est à l'heure du choix. © AFP
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Adversaire de Madrid depuis l'enfance, le président catalan doit décider, mardi, s'il proclame ou non l'indépendance de la Catalogne.
PORTRAIT

Il tient l'avenir de l'Espagne entre ses mains. Carles Puigdemont, dont la coupe Beatles a fait le tour du monde ces dernières semaines, va trancher. Proclamer, ou non, lors de son discours devant le Parlement catalan à 18h, l'indépendance de la Catalogne après le référendum interdit par Madrid, dimanche 1er octobre. Alors que des centaines de milliers de Catalans sont descendus dans la rue dimanche pour dire "basta" à son projet d'indépendance, Europe 1 revient sur la trajectoire du séparatiste "pur jus" de 54 ans. 

Tombé petit dans la marmite indépendantiste

Il y a l'art du storytelling... Et puis il y a Carles Puigdemont (prononcez "poutchedemone"). Jamais les portraits consacrés au président catalan n'ont varié d'une ligne. A en croire les journaux, son combat sécessionniste a débuté dès le berceau. "La légende (...) raconte que tout petit, Carles Puigdemont suppliait sa grand-mère de lui tricoter une estelada, l’iconique drapeau catalan indépendantiste à rayures jaunes et bleues", rapporte ainsi L'Obs. Il faut dire que l'homme qui défie aujourd'hui Madrid est né "au sein d'une famille de nationalistes convaincus", explique Le Monde.

Il s'engage en politique à 18 ans. Ne perd pas de temps et soutient la Crida, un mouvement de défense de la langue catalane. Confonde à 20 ans la fondation des Jeunesses nationalistes de Catalogne, satellite du parti régionaliste et centriste Convergence démocratique de Catalogne (CDC), qui servira de tremplin au charismatique opposant à Madrid Artur Mas. Son engagement est tel que dans sa vie privée, le futur homme fort de Barcelone, multiplie les petits signes de défiance envers Madrid. Lors de ses nuits à l'hôtel, il présente une carte d'identité catalane, invalide, plutôt que celle officielle espagnole, indique franceinfo. "Pour bien signaler qu'il vient d'un autre pays, il a aussi parfois privilégié les vols internationaux pour rejoindre Madrid", poursuit le site. Bref, une forme de "troll" séparatiste qui frôle la performance. Carles Puigdemont, c'est de l'indépendantisme chimiquement pur.

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Carles Puigdemont et Artur Mas (au centre), en mai 2017. @ AFP

Leader par défaut

Urbain et polyglotte - il est capable de plaider sa cause en français, en anglais et en roumain, la langue de sa femme - il fonde après des études de littérature et de linguistique une agence de presse dédiée à la Catalogne, l’Agència Catalana de Notícies (ACN). Entrepreneur médiatique, Carles Puigdemont se tourne également vers la culture et participe au rayonnement de la langue et l'histoire catalane. Entre 2002 et 2004, il dirige la Maison de la culture de Gérone, ville dont il deviendra maire en 2011. Entretemps, l'homme prend les rênes de Catalonia Today, un journal anglophone.  

Dans l'ombre d'Artur Mas, nommé président de la Catalogne en 2010, Carles Puigdemont ne doit aujourd'hui d'être dans la lumière qu'aux affaires judiciaires de son ancien chef. Empêtré dans un scandale de financement illégal via des commissions sur des travaux régionaux de BTP, Artur Mas est mis sur la touche par ses alliés anti-capitalistes de la CUP, cheville ouvriériste de la coalition séparatiste catalane, qui lui barre sa succession. En janvier 2016, le sulfureux Artur Mas est contraint de s'effacer au profit de... Carles Puigdemont et sa bobine de Beatles rassurante. Inconnu du grand public, il s'impose rapidement comme le visage du "Catalexit".

Geek et dragons

Homme de médias, Carles Puigdemont s'inscrit sur Twitter en 2007, près d'un an après la création réseau social à l'oiseau bleu. Selon la légende, il aurait été l'un des premiers Catalans à le faire, indique le quotidien régional El Periodico. Il distille aujourd'hui ses messages politiques à quelque 400.000 followers. A la tête de sa ville, il se façonne une image de séparatiste moderne, "sillonnant sa ville en girocleta (le Vélib' local) et y injectant du wifi gratuit partout", souligne L'Obs.

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Carles Puigdemont, alias "@KRLS" sur Twitter, est suivi par plus de 400.000 followers. @AFP

L'élu local parvient même à attirer le tournage de l'hyper production Game of Thrones. Lors d'un reportage dédié au phénomène, France Inter explique : "C’est là que la chaîne américaine HBO a recrée une partie du monde de Westeros l’un des continents imaginés par Georges Raymond Richard Martin, le créateur de la série. Gérone, la 'ville aux 1000 sièges', sert de décor au marché de Braavos - l’une des cités d'Essos (l'autre continent de l'univers). Et à la cathédrale de Port Real. Port Réal qui est la capitale du Royaume des sept couronnes."

C'est pourtant avec un autre trône, celui du roi d'Espagne Felipe VI, que Carles Puigdemont pourrait geler ses relations en déclarant l'indépendance, mardi. Quelle que soit sa décision, l'hiver s'annonce d'ores et déjà long entre Madrid et Barcelone.

Europe 1
Par Axel Roux