Pourquoi de plus en plus de migrants tentent de traverser la Manche

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Migrants
Les migrants sont parfois très nombreux sur des embarcations de fortune. (Photo d'illustration) © Anne CHAON / AFP
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Un contrôle accru du tunnel sous la Manche et une météo clémente expliquent en grande partie une augmentation, chez les migrants, des tentatives de traversées de la Manche vers l'Angleterre. Lors des trois derniers jours, pas moins de 500 personnes ont ainsi réussi à rallier les côtes anglaises. Boris Johnson compte faire intervenir l'armée pour régler la question.
DÉCRYPTAGE

C'est un phénomène en augmentation, malgré une surveillance importante : de plus en plus de migrants tentent de traverser la Manche. Depuis le début de l'année, on dénombre pas moins de 342 tentatives de rallier les côtes anglaises depuis la France. Au total, 4.192 migrants ont été secourus depuis le mois de janvier, soit deux fois plus qu'en 2019. Cette hausse des tentatives s'explique par plusieurs facteurs, notamment le renforcement des contrôles dans le tunnel sous la Manche. 

Moins de contrôles et une mer calme

"Je suis arrivé en Belgique en camion, idem jusqu'à Calais", témoigne au micro d'Europe 1 Lidjam, un Érythréen qui se rafraîchit sur un rond-point proche de l'hôpital. "Mais il y a trop de contrôles pour passer [en Angleterre] de cette manière." Alors comme beaucoup d'autres, il va "essayer le bateau" pour enfin rallier l'Angleterre. C'est un objectif qu'il poursuit depuis deux ans. Mais les contrôles des camions ne sont pas la seule raison qui pousse ces personnes à emprunter la voie maritime. La météo joue également un rôle important, explique Bernard Barron, président des sauveteurs en mer de Calais. "Des mers très calmes et l'absence de vent jouent considérablement sur le nombre de tentatives, et les passeurs l'ont bien compris."

Un véritable business

Organisés en réseaux de plus en plus structurés, ces passeurs ont également trouvé une manne financière très intéressante, puisque la traversée coûte entre 3.000 et 7.000 euros. "C'est rentable", confirme le vice-président de l'Auberge des migrants, François Guennoc. "Un petit bateau pneumatique sur lequel les migrants s'entassent parfois à une quinzaine, c'est 2.000 euros sans compter le moteur."

Mais "un migrant paye bien plus que cette somme, sans compter que les passeurs adaptent leurs tarifs aux nationalités… C'est un commerce." De plus, bien que dangereuse, une traversée a statistiquement deux chances sur trois de réussir. Un chiffre qui a certainement de quoi motiver certains : rien que sur les trois derniers jours, ce sont 500 migrants qui ont franchi cette épreuve. 

La "déclaration de guerre maritime de Boris Johnson" 

Cela a d'ailleurs déclenché la colère du Premier ministre britannique Boris Johnson, qualifiant ces traversées de "stupides, dangereuses et criminelles", tout en précisant qu'il voulait changer la législation britannique qui rend selon lui actuellement "très très difficile" d'expulser les migrants arrivés illégalement. Une modification qui pourrait concrètement faire intervenir l'armée britannique pour régler la question, une hypothèse inadmissible pour la maire de Calais, Natacha Bouchart.

"C'est une déclaration de guerre maritime", lâche-t-la maire au micro d'Europe 1. "Il est hors de question que le territoire de Calais accepte les conditions que Boris Johnson est en train d'avancer : faire intervenir l'armée pour repousser et déposer les migrants sur les côtes françaises. On nous a détruit l'image de la ville en 2016 [avec la jungle de Calais, ndlr], et on est en train de se reconstruire : on a un monde fou, une belle saison, des activités touristiques qui fonctionnent très bien... Nous ne voulons pas retomber dans des dispositifs qui viennent dégrader notre image."

"Concentrer les moyens sur les réseaux de passeurs"

Plutôt que d'empêcher la traversée, l'édile propose à la place de "concentrer les moyens sur les réseaux de passeurs". De son côté, le ministère français de l'Intérieur a indiqué qu'un plan de lutte contre les traversées maritimes illégales, élaboré en concertation avec les autorités britanniques, est en cours de finalisation pour renforcer les moyens de contrôle sur les côtes et en amont des principaux points de passage. Le mois dernier, une "cellule franco-britannique de renseignement" dans la lutte contre les passeurs de migrants a été également mise en place.

Europe 1
Par Maximilien Carlier, à Calais, édité par Ugo Pascolo