Pologne : des milliers de manifestants défendent l'appartenance à l'UE

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avec AFP
Les Polonais étaient appelés à manifester après une décision du Tribunal constitutionnel remettant en cause la primauté du droit européen sur le droit national, qui pourrait marquer un premier pas vers un "Polexit".

lls sont descendus en nombre dans les rues. Des dizaines de milliers de Polonais ont manifesté, dimanche 10 octobre, pour défendre l’appartenance de leur pays à l’Union européenne (UE) après la décision, vendredi, du Tribunal constitutionnel polonais contestant la primauté du droit européen sur le droit national.

Cette décision pourrait marquer un premier pas vers une sortie de la Pologne de l’UE. C’est contre cette idée que les Polonais sont venus manifester dimanche, à l’appel du chef de l’opposition et ancien président du Conseil européen, Donald Tusk. Il avait appelé ses compatriotes à défiler pour "défendre une Pologne européenne". "Nous devons sauver la Pologne, personne ne le fera pour nous", a-t-il ajouté sur Twitter.

"Ce serait une tragédie de quitter l'UE"

"Des dizaines de milliers de personnes à Varsovie et dans plus de cent villes et villages en Pologne sont venues protester contre ce que ce gouvernement fait à notre patrie", a-t-il lancé dimanche à une foule immense brandissant des drapeaux bleus européens à Varsovie."Je suis ici car je crains que nous quittions l’UE. C’est très important, surtout pour ma petite-fille", a déclaré Elzbieta Morawska, 64 ans, qui défilait dans la capitale. "Le Royaume-Uni vient de quitter l’UE, et c’est une tragédie. Si la Pologne part maintenant, ce sera également une tragédie", estimait Aleksander Winiarski, 20 ans, qui étudie en Angleterre et manifestait également à Varsovie.

Des tensions entre Bruxelles et Varsovie

La Pologne et d’autres pays d’Europe centrale et orientale ont rejoint l’Union européenne en 2004, quinze ans après que le mouvement syndical de Lech Walesa avait contribué à renverser le régime communiste. L’appartenance à l’Union reste très populaire, si l’on en croit les sondages, mais les relations entre Varsovie et Bruxelles se sont nettement tendues depuis l’arrivée au pouvoir du parti populiste Droit et Justice (PiS) en 2015.

Les tensions portent notamment sur les réformes de l’appareil judiciaire voulues par le gouvernement, et dont l’UE estime qu’elles sont de nature à nuire à l’indépendance de la justice et risquent de conduire à un amoindrissement des libertés démocratiques.

Des "conséquences" pour le versement à la Pologne de fonds européens

En plus de sa décision rendue vendredi, selon laquelle plusieurs articles des traités européens sont "incompatibles" avec la Constitution du pays, le Tribunal constitutionnel polonais, largement favorable au pouvoir actuel, a également demandé aux institutions européennes de ne pas "agir au-delà de leurs compétences" en s’ingérant dans les réformes du système judiciaire polonais. Bruxelles avait immédiatement réagi, par la voix de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen : "Nos traités sont très clairs. Toutes les décisions de la Cour de justice de l’UE s’imposent à toutes les autorités des Etats membres, y compris aux tribunaux nationaux. Le droit de l’UE prime sur le droit national, y compris sur les dispositions constitutionnelles", a-t-elle dit, précisant que "c’est ce à quoi tous les Etats membres de l’UE ont adhéré".

Avant que le jugement ne soit rendu, l’UE avait prévenu que l’affaire pourrait avoir des "conséquences" pour le versement à la Pologne des fonds européens de relance dans le cadre de la crise du Covid-19.