L'ex-commissaire européenne Neelie Kroes était directrice d'une société offshore

Neelie Kroes, commissaire européenne à la concurrence, BahamasLeaks crédit : John THYS / AFP - 1280
Neelie Kroes a reconnu qu'elle avait violé les règles européennes pendant son mandat de commissaire européenne © John THYS / AFP
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avec AFP , modifié à
Confondue par des documents, l'ancienne commissaire à la concurrence a reconnu avoir été directrice d'une société off-shore aux Bahamas pendant son mandat européen.

L'ancienne commissaire européenne à la Concurrence Neelie Kroes, chargée à ce titre de surveiller le monde des affaires, a été directrice d'une société aux Bahamas pendant son mandat, et ce au mépris des règles européennes, ont révélé mercredi des journaux européens.

Commissaire européenne et directrice. D'après les documents en possession du quotidien allemand Süddeutsche Zeitunget du Consortium international des journalistes d'investigation ICIJ, la commissaire européenne a été directrice de Mint Holdings Ltd., une entreprise offshore établie aux Bahamas, "du 4 juillet 2000 au 1er octobre 2009", ont révélé les quotidiens néerlandais Trouw et Het Financieele Dagblad. Or, elle a été commissaire à la concurrence entre 2004 et 2009 (avant d'être vice-présidente de la Commission européenne jusqu'en 2014) et le code de conduite de l'Union européenne dispose que "les membres de la Commission ne peuvent exercer aucune autre activité professionnelle, rémunérée ou non".

Les commissaires européens doivent, au début de leur mandat, non seulement renoncer à toutes leurs fonctions de direction mais aussi notifier dans un registre public toutes celles, ayant donné lieu ou non à un paiement, exercées les dix années précédentes. L'ex-ministre néerlandaise des Transports assure avoir abandonné en 2002 son poste au sein de Mint Holdings et avoir quitté cette entreprise en 2004 au début de son premier mandat en tant que commissaire européenne, ont rapporté les médias néerlandais. 

Un directeur non-exécutif. L'ancienne commissaire "était, selon ses propres dires, un directeur non-exécutif et aurait donné des conseils stratégiques à Mint Holdings, qui voulait acheter des parts dans le géant américain de l'énergie Enron pour six milliards de dollars", précisent les deux quotidiens. "Cet achat a échoué à l'été 2000." "Parce que Mint Holdings n'a jamais été opérationnelle selon elle, elle [Kroes] n'a jamais fait état de ses fonctions dans la direction" de cette firme, poursuivent Trouw et Het Financieele Dagblad, qui publient plusieurs documents dont la source n'a pu être confirmée.

Un mea culpa auprès de la commission européenne. Neelie Kroes a reconnu auprès de ces deux journaux qu'elle avait été "officiellement en infraction avec le code de conduite des commissaires européens". L'équipe de juristes de l'ancienne commissaire européenne a pour sa part déclaré au Guardian que leur cliente était "d'accord qu'officiellement, elle aurait dû déclarer ses fonctions de directrice". "Mme Kroes informera le président de la Commission européenne de cette omission et en assumera la pleine responsabilité", ont-ils dit à ce quotidien britannique. Ils ont ajouté que Neelie Kroes pensait que la société Mint Holdings avait été liquidée en 2002 et qu'en outre elle n'avait reçu aucune rémunération.

Une porte-parole de la Commission a quant à elle déclaré que l'ex-commissaire avait désormais informé les autorités européennes de cette affaire. "Nous allons vérifier et analyser cette information avant de prendre une décision", a-t-elle ajouté. Neelie Kroes assure assumer l'entière responsabilité de ses actes et en accepter les conséquences, d'après la presse néerlandaise.

Une spécialiste de la lutte contre les positions dominantes. Actuellement conseillère rémunérée de Bank of America et d'Uber, elle s'est fait une réputation à Bruxelles en s'en prenant dans le cadre de sa lutte contre les positions dominantes sur les marchés, à Microsoft ainsi qu'aux groupes énergétiques E.ON et GDF Suez, entre autres. Au total, quelque 1,3 million de documents d'entreprises aux Bahamas en possession de la Süddeutsche Zeitung et de l'ICIJ ont été rendus publics sous le nom de BahamaLeaks, selon Trouw et Het Financieele Dagblad.