afghanistan 4:33
  • Copié
Europe 1 avec AFP , modifié à
Le président afghan, Ashraf Ghani, en fuite à l'étranger, a reconnu dimanche soir : "les talibans ont gagné". Cette déclaration est intervenue au moment même où les insurgés pénétraient dans le palais présidentielle et reprenaient le pouvoir, après en avoir été écartés il y a 20 ans. Lundi, le président américain Joe Biden a défendu sa décision de retirer les troupes américaines du pays. 
L'ESSENTIEL

L'Afghanistan se trouvait lundi aux mains des talibans après l'effondrement des forces gouvernementales et la fuite à l'étranger du président Ashraf Ghani, et des milliers de personnes tentaient désespérément, dans un chaos total, de fuir le pays à l'aéroport de Kaboul. Après avoir été suspendu, le trafic aérien a finalement repris à l'aéroport de Kaboul. Cible de vives critiques, le président Joe Biden a "défendu fermement" lundi sa décision de retirer les troupes américaines d'Afghanistan, tandis qu'Emmanuel Macron a confirmé que "deux avions militaires et nos forces spéciales" arriveraient sur place pour évacuer les ressortissants et les Afghans sous protection de la France. 

Les informations à retenir

- Après une suspension, les vols ont repris à l'aéroport de Kaboul

- La France doit "protéger" les Afghans qui l'ont aidée, affirme Macron

- Joe Biden a "défendu fermement" sa décision de retirer les troupes américaines

- L'Otan se réunit mardi

Quelle est la situation à Kaboul lundi ?  

Après une suspension des vols civils et militaires à l'aéroport de Kaboul en raison de l'irruption sur le tarmac d'une foule d'Afghans tentant désespérément de quitter le pays, le trafic a finalement repris, a annoncé le général américain Hank Taylor depuis le Pentagone. 

Une marée humaine s'était précipitée lundi vers ce qui est la seule porte de sortie du pays, pour tenter de fuir le nouveau régime que le mouvement islamiste radical, de retour au pouvoir après 20 ans de guerre, promet de mettre en place. Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux montraient des scènes de chaos absolu, des milliers de personnes attendant sur le tarmac même, et des grappes de jeunes hommes, surtout, s'agrippant aux passerelles ou aux escaliers pour tenter de monter dans un avion. 

Deux hommes armés ont été tués par des soldats américains à l'aéroport, selon un responsable du Pentagone. "Au milieu des milliers de personnes qui se trouvaient là pacifiquement, deux types ont brandi leurs armes d'un air menaçant", a raconté à l'AFP ce responsable ayant requis l'anonymat. "Ils ont été tués tous les deux." Le chef des forces américaines à Kaboul, le général Kenneth McKenzie, a rencontré des responsables des talibans dimanche à Doha pour leur demander de ne pas attaquer l'aéroport de Kaboul, a indiqué lundi à l'AFP ce même responsable. 

"Nous avons peur de vivre dans cette ville et nous tentons de fuir Kaboul", a raconté à l'AFP depuis l'aéroport Ahmad Sekib, 25 ans, un témoin utilisant un faux nom. "J'ai lu sur Facebook que le Canada accepte des demandeurs d'asile d'Afghanistan. J'espère que je serai l'un d'eux. Comme j'ai servi dans l'armée, j'ai perdu mon boulot, et c'est dangereux pour moi de vivre ici car les les talibans me cibleront, c'est sûr", a-t-il expliqué. En raison de la situation à l'aéroport, l'autorité aéroportuaire de la capitale a annoncé que les vols commerciaux en partance étaient annulés.

Les rues de la capitale étaient en revanche plutôt calmes, largement patrouillées par des talibans en armes, notamment dans la "Green zone", auparavant ultra-fortifiée qui abrite les ambassades et les organisations internationales. Les talibans ont informé leurs combattants que "personne n'est autorisé à entrer dans la maison d'autrui sans permission", a affirmé l'un de leurs porte-parole, Suhail Shaheen. "Il ne peut être attenté à la vie, la propriété, l'honneur de personne", a-t-il affirmé.

Les talibans proclament leur victoire en direct à la télévision 

Le désormais ex-président Ghani a reconnu dimanche soir que les talibans avaient "gagné", après avoir fui le pays. Dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, le mollah Abdul Ghani Baradar, co-fondateur des talibans, a salué la victoire du mouvement islamiste. "A présent, c'est le moment d'évaluer et de prouver, à présent nous devons montrer que nous pouvons servir notre nation et assurer la sécurité et le confort dans la vie", a-t-il affirmé.

Dans le palais présidentiel au cœur de la capitale afghane, les talibans ont mis en scène leur victoire. Les chef de ces combattants fondamentalistes islamistes arpentent les couloirs de ce bâtiment en direct à la télévision. Ils récitent le Coran, tous assis autour du bureau de l'ancien président. Ils proclament leur victoire : leur drapeau blanc est désormais hissé au dessus du palais présidentiel.

Sur la chaîne Al Jazeera, les talibans donnent même des interviews où ils veulent rassurer la population afghane. Mardi, ils ont annoncé une amnistie générale pour tous les fonctionnaires d'État, les appelant à retourner au travail. "Une amnistie générale a été déclarée pour tous (...), donc vous devriez reprendre vos habitudes de vie en pleine confiance", ont indiqué les talibans dans un communiqué. 

La France doit "protéger" les Afghans qui l'ont aidée, affirme Macron

Emmanuel Macron a déclaré lundi que le "devoir et la dignité" de la France était de "protéger" les Afghans qui l'ont aidée et qui sont menacés par l'arrivée des talibans au pouvoir. "C'est notre devoir et notre dignité de protéger ceux qui nous aident: interprètes, chauffeurs, cuisiniers et tant d'autres. Près de 800 personnes sont d'ores et déjà sur le sol Français. Plusieurs dizaines de personnes sont encore sur place (...) pour lesquelles nous restons pleinement mobilisés", a déclaré le chef de l'Etat au cours d'une allocution télévisée consacrée à la crise afghane.

Il a confirmé que "deux avions militaires et nos forces spéciales" arriveront "dans les prochaines heures" à l'aéroport de Kaboul pour prendre en charge ces personnes et les ressortissants français encore présents dans la capitale afghane et qui "doivent tous quitter le pays". Découvrez ici ce qu'il faut retenir de l'allocution du président de la République.

La communauté internationale réagit

Les ambassadeurs des pays de l'Otan tiendront mardi une réunion d'urgence pour discuter de la situation, a indiqué un responsable de l'Alliance. Le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg donnera ensuite une conférence de presse, à 13H00 GMT (15H00 heure de Bruxelles), sa première apparition devant les médias depuis juin.

En attendant, du ministre britannique de la Défense à la chancelière allemande et à son possible successeur, les alliés européens de Washington n'ont pas caché leur réprobation face à la situation. Le retour au pouvoir des talibans est "un échec de la communauté internationale qui n'a pas compris qu'on ne règle pas les choses du jour au lendemain", a tancé le ministre britannique de la Défense, Ben Wallace. Fait rare compte tenu des relations privilégiées entre Londres et Washington, le gouvernement de Boris Johnson critique ouvertement depuis plusieurs jours la décision américaine de se retirer, qui a entraîné le départ des troupes de l'Otan, dont les soldats britanniques et allemands.

En Allemagne, un autre allié traditionnel de poids des Etats-Unis, le mécontentement est palpable, tandis que les chancelleries s'activent dans la précipitation pour évacuer leurs ressortissants et personnels afghans qui ont travaillé à leur service. "Il est désormais acquis qu'Al-Qaïda ne peut plus mener d'attaques contre les Etats-Unis depuis l'Afghanistan (...) mais tout ce qui a suivi n'a pas été aussi fructueux et n'a pas été réalisé comme nous l'avions prévu", a déploré Angela Merkel lors d'une conférence de presse lundi soir. Découvrez ici comment la crise afghane s'est invitée sur la scène politique allemande. 

Joe Biden se défend et s'adresse aux Américains

La débâcle est totale pour les forces de sécurité afghanes, financées pendant 20 ans à coups de centaines de milliards de dollars par les États-Unis. En dix jours, le mouvement islamiste radical, qui avait déclenché une offensive en mai à la faveur du début du retrait des troupes étrangères, notamment américaines, a pris le contrôle de quasiment tout l'Afghanistan. Et ce vingt ans après en avoir été chassé par une coalition menée par les États-Unis en raison de son refus de livrer le chef d'Al-Qaïda, Oussama Ben Laden, dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001. 

Cible de vives critiques après la chute de Kaboul, le président Joe Biden a "défendu fermement" lundi sa décision de retirer les troupes américaines d'Afghanistan, en assurant que la mission de Washington n'avait jamais été de bâtir une nation démocratique dans le pays instable retombé aux mains des talibans. "Après 20 ans, j'ai appris à contre-cœur qu'il n'y avait jamais de bon moment pour retirer les forces américaines", a affirmé le président américain lors d'une adresse à la nation, prononcée à la Maison Blanche et très attendue en raison du mutisme présidentiel durant le week-end historique. 

"La vérité est que tout cela s'est déroulé plus rapidement que nous l'avions prévu", a-t-il toutefois concédé, après avoir dû interrompre ses congés face à l'ampleur de la polémique. Face au chaos régnant, le locataire de la Maison Blanche a par ailleurs menacé lundi les talibans de représailles si ces derniers venaient à perturber les opérations d'évacuation en cours à l'aéroport de Kaboul.

L'ONU "particulièrement préoccupée par l'avenir des femmes et des filles"

En Afghanistan, la peur régnait parmi les dizaines de milliers de personnes réfugiées à Kaboul ces dernières semaines pour fuir les violences dans leur région. "Je crains qu'il n'y ait beaucoup de combats ici", a confié un médecin ayant requis l'anonymat, arrivé de Kunduz (nord) avec 35 membres de sa famille. "Je préférerais rentrer chez moi, où je sais que ça s'est arrêté". Lorsqu'ils dirigeaient ce pays, entre 1996 et 2001, les talibans avaient imposé leur version ultra-rigoriste de la loi islamique. Ils ont maintes fois promis que s'ils revenaient au pouvoir, ils respecteraient les droits humains, en particulier ceux des femmes, en accord avec les "valeurs islamiques". 

Mais dans les zones nouvellement conquises, ils ont déjà été accusés de nombreuses atrocités : meurtres de civils, décapitations, enlèvements d'adolescentes pour les marier de force, entre autres. Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, "particulièrement préoccupé par l'avenir des femmes et des filles, dont les droits durement acquis doivent être protégés", a appelé toutes les parties au conflit à "la plus grande retenue".