Législatives en Italie : "Ce ne sera pas le grand retour de Berlusconi"

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Silvio Berlusconi est très actif dans la campagne des législatives pour la coalition qu'il mène.
Silvio Berlusconi est très actif dans la campagne des législatives pour la coalition qu'il mène. © ANDREAS SOLARO / AFP
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À 81 ans, Silvio Berlusconi mène activement la campagne des législatives pour son parti, Forza Italia, et dont la coalition est donnée favorite.
INTERVIEW

Inéligible, de retour devant les tribunaux et pourtant incontournable. À 81 ans, Silvio Berlusconi devait comparaître lundi pour le 3e volet du "Rubygate", dont le procès a finalement été renvoyé en mai. L’ancien président du Conseil mène pourtant activement la campagne des législatives en Italie, prévues le 4 mars. Le dirigeant de Forza Italia a monté une coalition entre son parti de droite, le petit parti des Frères d’Italie et les nationalistes de la Ligue (anciennement la Ligue du Nord). Une coalition donnée en tête du scrutin dans les sondages.

Les trois alliés ont convenu que le parti qui réunira le plus de suffrages désignera le candidat au poste de président du Conseil. Sous le coup d’une inéligibilité qui court jusqu’en 2019, Silvio Berlusconi ne peut pas y prétendre mais jouera sans faute le rôle de faiseur de roi. Alors que tout le monde le croyait fini avec ses déboires judiciaires et sa démission en 2011, les prochaines législatives vont-elles permettre à Berlusconi de redevenir incontournable ? Alberto Toscano, journaliste et écrivain italien basé à Paris, livre son analyse pour Europe1.fr.

  • Pourquoi l'ancien "Cavaliere" reste-t-il une figure politique majeure en Italie malgré ses déboires judiciaires ?

"Aujourd’hui il y a beaucoup moins d’intérêt de l’opinion et de la presse pour le 'Rubygate'. Les élections législatives approchent et désormais la parole est aux urnes. Le volet judiciaire a déjà eu des conséquences : Silvio Berlusconi a été déclaré inéligible en 2013, il ne peut pas se présenter à une élection. Il peut toutefois rester chef de son parti politique, et il est très actif dans la campagne des législatives.

Il était à Bruxelles la semaine dernière où il a été reçu par Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne. Forza Italia reste un membre intégrant du Parti Populaire Européen, et c’est un homme à lui, Antonio Tajani, qui a été élu président du Parlement européen. Berlusconi est toujours très reconnu en Europe. Il reste aussi une figure politique majeure en Italie car il profite des divisions de ses rivaux. La gauche radicale a fait cession avec le centre-gauche, et c’est une erreur car cela a conforté les espoirs de Silvio Berlusconi de revenir dans le jeu politique national."

  • Si la Cour européenne des droits de l'Homme venait à lever l'inéligibilité de Silvio Berlusconi, ce dernier s'est dit prêt à être candidat à la présidence du Conseil. Peut-il vraiment redevenir le chef du gouvernement ?  

"Berlusconi ne sera probablement pas chef du gouvernement. Il faudrait pour cela que la CEDH se prononce rapidement, avant les échéances de dépôt de candidatures pour la présidence du Conseil, qui arrivent dans quelques jours. Le délai est trop juste. Théoriquement, il pourrait car c’est le chef de l’État qui donne le mandat au président du Conseil des ministres de former un gouvernement, il n’est pas élu. Mais il y a peu de chances que cela arrive.

Berlusconi ne peut pas espérer avoir aujourd’hui un rôle politique direct : il aura un rôle important en coulisses, en tant que chef de parti politique, dans les négociations pour la formation d’un gouvernement. Il essaiera bien sûr de placer ses hommes à la tête du gouvernement, mais il ne sera ni député ni chef du gouvernement. Pour autant, Berlusconi n’arrêtera jamais la politique car c’est un jeu pour lui, il s’amuse."

  • La coalition de la droite et des nationalistes, créditée de 35% d’intentions de vote, fait pourtant figure de favorite. Les législatives peuvent-elles faire de nouveau de Berlusconi l’homme fort du pays ?

"Le parti Forza Italia à lui tout seul n’est pas très fort. Il pèse 15% d’intentions de vote. L’alliance conclue avec la Ligue est elle créditée de 35%. Berlusconi peut donc espérer que son parti arrive à la 1ère place au soir du 4 mars grâce à la coalition, mais il n’aura pas les moyens de gouverner car il n’aura pas de majorité. On n’est plus dans la même situation que dans les années 1990, la nouvelle loi électorale a instauré un système à la proportionnelle, avec trois composantes principales. La gauche, qui est certes divisée, peut obtenir jusqu’à 30% des voix, les populistes du Mouvement 5 Étoiles, sont également crédités de 30%, et la coalition de la droite et de l’extrême droite devrait faire autour de 35%. Or la majorité se situe à 40%.

Sans majorité, il y aura nécessité de faire des compromis. Berlusconi devra faire des alliances et s’il n’y arrive pas, le parti va se casser. D’autant que la Ligue peut les envoyer balader, c’est un parti xénophobe et radical… Beaucoup plus que le Front national de Marine Le Pen. Les compromis vont être durs à trouver après les élections, pour former un gouvernement. On va vers un scénario d’une Italie presque ingouvernable. Ces élections, ce ne seront donc pas le grand retour de Silvio Berlusconi. Il devra composer avec d’autres, c’est un homme de 81 ans, affaibli par ses ennuis judiciaires, et condamné à gouverner dans l’ombre."

Europe 1
Par Mathilde Belin