La mystérieuse disparition d’un journaliste saoudien interroge la communauté internationale

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Depuis une semaine Jamal Khashoggi, un éditorialiste critique du pouvoir saoudien, s'est volatilisé. Mardi dernier, le journaliste est entré au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul mais n'en n'est jamais ressorti.

Où est passé Jamal Khashoggi ? Depuis une semaine, cet éditorialiste critique du pouvoir saoudien s'est volatilisé. Mardi dernier, le journaliste est entré au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul mais n'en n'est jamais ressorti. A-t-il été arrêté ? Voire carrément éliminé ? Ce week-end, Recep Tayyip Erdogan a mis la pression sur les autorités saoudiennes qui assurent que le journaliste a quitté le consulat à Istanbul après y avoir effectué des démarches administratives. Mais qu'en est-il vraiment ? Qui était ce journaliste ? Et pourquoi sa disparition inquiète la communauté internationale ? Europe 1 fait le point.

Qui est Jamal Khashoggi ?

Jamal Khashoggi, 59 ans, est l'un des plus célèbres journalistes du monde arabe. Il s'est exilé aux Etats-Unis en 2017 après être tombé en disgrâce à la cour du prince héritier Mohammed ben Salmane et écrit notamment pour le Washington Post. Intellectuel érudit, il n'a jamais mâché ses mots que ce soit lorsqu'il a dirigé des rédactions dans son pays ou quand il a pris la plume depuis l'Occident pour critiquer le royaume saoudien à l'ère du puissant prince Mohammed, surnommé "MBS". 

Le 6 mars, il écrivait ainsi dans un éditorial du quotidien britannique The Guardian : MBS "semble faire bouger le pays d'un extrémisme religieux d'une autre époque vers son propre extrémisme 'Vous devez accepter mes réformes', sans aucune consultation et avec des arrestations et des disparitions de ses détracteurs. Son programme ignore-t-il la plus importante des réformes, la démocratie ?", interrogeait le journaliste.

Jamal Khashoggi semblait savoir que ses écrits pouvaient lui causer des ennuis. Juste avant d'entrer au consulat d'Arabie Saoudite à Istanbul, mardi, il aurait dit à sa fiancée qu'il fallait prévenir les autorités turques s'il tardait à sortir.

Que sait-on de sa disparition ?

Le journaliste saoudien n'a plus été vu depuis mardi matin et son entrée au consulat d'Arabie Saoudite à Istanbul. Il s'y rendait pour des démarches administratives en vue de son prochain mariage. Riyad assure que Jamal Khashoggi a quitté le consulat après y avoir effectué ses démarches mardi, mais personne ne l'a vu sortir depuis et la police turque n'a pas pu visionner les images de vidéo-surveillance.

Le politologue et ami du journaliste, Mohamed Okda, estime que le pire a dû arriver. "Je suis à la fois tendu, inquiet et en colère car je suis sûr à 99 % qu'il est mort", confie-t-il au micro d'Europe 1. "Ça fait une semaine que nous sommes sans nouvelles et surtout les Saoudiens disent qu'ils n'ont aucun enregistrement vidéo. Avec les moyens dont dispose ce pays, avec les mesures de sécurité qu'ils appliquent, je trouve ça presque comique qu'ils n'aient pas une seule image".

Un autre élément paraît troublant dans cette affaire si l'on en croit des sources turques : l'aller-retour Riyad-Istanbul par un groupe de 15 saoudiens effectué le jour même de la disparition du journaliste. Les proches de Jamal Khashoggi estiment qu'il pourrait s'agir d'une "mission commando" pour exfiltrer son corps. 

Que répondent Ankara et Riyad ?

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane se défend de toute implication. Il a autorisé mardi les autorités turques à fouiller le consulat où Jamal Khashoggi s'était rendu. Il dément les informations données samedi par des responsables turcs selon lesquelles le journaliste aurait été assassiné au sein du consulat.

Du côté des autorités turques, on cherche à mettre la pression sur Riyad. Lundi, toujours sans nouvelles du journaliste, Receyp Tayyip Erodgan a demandé à fouiller le consulat saoudien d'Istanbul et a mis au défi les autorités saoudiennes de prouver que le journaliste avait quitté le consulat. "S'il en est parti, vous devez le prouver avec des images", a déclaré le président turc. Par ailleurs, il a assuré que les allers et venues à l'aéroport étaient en train d'être examinés.

Et la communauté internationale ?

Donald Trump s'est dit "préoccupé" lundi par la disparition du journaliste, exilé depuis l'an dernier aux États-Unis. "J'espère que ça s'arrangera. À l'heure actuelle, personne ne sait rien là-dessus. De mauvaises histoires circulent. Je n'aime pas ça", a déclaré le président américain à des journalistes à la Maison Blanche. "Nous appelons le gouvernement d'Arabie saoudite à soutenir une enquête approfondie sur la disparition de Jamal Khashoggi et à être transparent quant aux résultats de cette enquête", a indiqué dans un communiqué son secrétaire d'État, Mike Pompeo.

La France, pays allié de l'Arabie saoudite, a également demandé lundi que le sort du journaliste saoudien soit éclairci "le plus rapidement possible". La diplomatie britannique a jugé pour sa part "extrêmement graves" les "allégations" selon lesquelles le journaliste saoudien aurait été tué au consulat de son pays.

Quels sont les enjeux de l'affaire ?

Cette affaire pourrait nuire à l'image du royaume saoudien qui promeut une campagne de modernisation depuis que Mohammed ben Salmane a été désigné héritier du trône en 2017. Si elle était confirmée, la mort du journaliste pourrait notamment entacher les relations entre les États-Unis et l'Arabie Saoudite.

Le sénateur américain Lindsey Graham, un allié de Donald Trump, a d'ailleurs prévenu lundi l'Arabie saoudite que dans une telle situation, les conséquences seraient "dévastatrices" pour les relations entre Riyad et Washington. Le président de la commission des Affaires étrangères du Sénat américain, Bob Corker, a par ailleurs indiqué lundi sur Twitter que le pays répondra "de façon adéquate à tout Etat ciblant des journalistes à l'étranger".

Selon plusieurs politologues interrogés par France 24, l'affaire pourrait déboucher également sur une grave crise entre Ankara et Riyad alors même que les relations entre les deux pays sont déjà compliquées. "Cette affaire va forcément accroître les tensions et la ligne de fracture entre la Turquie et le royaume saoudien qui se disputent le leadership sunnite dans la région", estime Karim Sader, politologue et consultant spécialiste des pays du Golfe sur le site de France 24.