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Guerre en Ukraine : comment les satellites Starlink d'Elon Musk sont devenus une arme stratégique

Pour utiliser leurs drones, l'Ukraine et la Russie passent par le réseau satellitaire d’Elon Musk, Starlink. [Jonathan Raa / NurPhoto / NurPhoto via AFP]

Acteur clé du conflit russo-ukrainien, le réseau satellitaire Starlink d’Elon Musk est devenu un outil militaire déterminant. Entre avantage tactique décisif, restrictions controversées et enjeux humanitaires majeurs, l’influence d’un acteur privé sur la guerre interroge.

Elon Musk peut-il influencer le conflit russo-ukrainien ? Cette guerre, qui touche l’Ukraine depuis l’invasion russe en 2022, est particulièrement marquée par l’utilisation de nouvelles armes dévastatrices, notamment les drones. 

Ces derniers permettent de viser avec précision de nombreuses cibles stratégiques ou énergétiques, déstabilisant ainsi le pays visé. Mais pour les manier, les deux puissances passent par le réseau satellitaire d’Elon Musk, Starlink. Un avantage tactique devenu décisif dans cette guerre moderne.

"Absolument tout le front tient grâce à Starlink"

Pour Xavier Tytelman, expert en aéronautique et défense, "absolument tout le front tient grâce à Starlink". "À partir de 2022, les Ukrainiens l’ont aussi utilisé sur des vecteurs, par exemple sur les drones navals. Avec cela, ils ont gagné la bataille de la mer Noire. Ils ont détruit et fait fuir les bateaux russes. C’est-à-dire qu’un pays sans aucune marine a réussi à gagner une bataille navale", explique le spécialiste.

C’est à ce moment-là que le milliardaire américain, à la tête de l’entreprise SpaceX, est intervenu. Alors que l’Ukraine préparait une vaste opération contre la Russie, avec des dizaines de drones kamikazes vers le port de Sébastopol, base stratégique navale de Moscou, Elon Musk, de son propre chef, a désactivé Starlink pour empêcher cette attaque. Le propriétaire de X craignait une escalade du conflit et avait qualifié l’opération de "Pearl Harbor russe".

Selon Xavier Tytelman, "Elon Musk est responsable de la mort de centaines d’Ukrainiens". "Aujourd’hui, ce qu’il a fait à cette époque-là, a des conséquences humaines dramatiques sur l’Ukraine. Parce que tous les bateaux et sous-marins qui lancent les missiles n’auraient plus été là", assure l’expert.

À partir de cet événement, la gestion du réseau Starlink au profit de l’Ukraine est remontée au ministère de la Défense américain et non plus entre les mains d’Elon Musk.

Moins d’interceptions et des frappes plus efficaces

Mais alors, quels avantages peuvent avoir les armées à utiliser Starlink ? À partir de 2024, les Ukrainiens ont commencé à l’installer sur des missiles. "Au lieu de les envoyer sur une trajectoire prédéterminée, cela permet de les orienter jusqu’à la cible. C’est beaucoup plus efficace d’avoir un retour vidéo instantané", précise Xavier Tytelman.

L’utilisation de Starlink permet de faire voler les missiles beaucoup plus bas. Un avantage non négligeable. "Plus on vole bas, moins on se fait détecter", résume l’expert. Ainsi, ce réseau permet deux choses : moins d’interceptions sur le trajet et des frappes plus efficaces.

Et pour ça, les Russes peuvent compter sur un avantage. Starlink n’est pas disponible en Russie, obligeant donc les Ukrainiens à devoir l’utiliser seulement au sein de l’Ukraine occupée. Moscou, de son côté, peut en tirer profit sur l’ensemble du territoire ennemi.

Une question se pose alors : comment la Russie peut-elle avoir accès à Starlink ? Concrètement, il est possible d’acheter des terminaux dans plusieurs magasins. Les Russes peuvent ainsi s’en procurer au Kazakhstan, par exemple, et en importer par milliers.

"Après, il suffit de prendre un abonnement. Pour ça, ils utilisent une carte bleue française, anglaise ou chinoise et payent depuis un pays autorisé. Il n’y a aucun problème pour les contourner", insiste Xavier Tytelman.

L'utilisation russe de Starlink dénoncée par Kiev

Face à cela, Kiev est entré en contact fin janvier avec SpaceX, l’entreprise américaine d’Elon Musk, pour dénoncer des attaques russes de drones utilisant les systèmes de communication par satellites Starlink pour frapper l’Ukraine.

"Quelques heures après l'apparition de drones russes dotés d'une connectivité Starlink au‑dessus de villes ukrainiennes, l'équipe du ministère de la Défense a rapidement contacté SpaceX et proposé des moyens de résoudre le problème", a écrit Mykhaïlo Fedorov, ministre de la Défense ukrainien, sur Telegram.

Dimanche 1er février, Elon Musk a par la suite annoncé de nouvelles restrictions afin d’empêcher la Russie d’utiliser son réseau de télécommunications. En revanche, ce n’est pas spécifique à la Russie. "Ce sont tous les systèmes Starlink dépassant les 75 km/h qui sont désactivés, qu’ils soient ukrainiens ou russes. Donc ça empêche aussi certaines actions ukrainiennes", indique Xavier Tytelman.

Pour éviter cela, le ministre ukrainien de la Défense a précisé que Kiev travaillait "très étroitement" avec SpaceX sur de "prochaines importantes mesures". Dans un message sur X, il a précisé que ces mesures impliquaient la mise en place d'un système d'enregistrement des terminaux Starlink opérant depuis le territoire ukrainien.

"Dans les prochains jours, nous communiquerons aux utilisateurs ukrainiens les instructions nécessaires pour enregistrer et faire vérifier leurs terminaux Starlink. Les terminaux non vérifiés seront désactivés", a-t-il détaillé.

"Ce n’est jamais arrivé dans l'histoire militaire"

Pour l’expert, "si Elon Musk arrive à le mettre en place avec les Ukrainiens, ça va être vraiment beaucoup plus compliqué pour la Russie". Avec ses satellites, le milliardaire américain, pourtant éloigné du conflit, peut avoir une forte influence sur cette guerre.

"Le simple fait qu'il ait empêché la destruction de la flotte de la mer Noire était déjà quelque chose de gigantesque et aujourd'hui ça a des conséquences humanitaires gigantesques. C'est la première fois qu'une guerre repose autant sur une infrastructure qui appartient à un particulier. Ce n’est jamais arrivé dans l'histoire militaire", souligne Xavier Tytelman.

Pour ce dernier, "demain, si la Russie doit se passer de Starlink, elle n’a rien pour le remplacer". "C’est une armée qui revient à un niveau de 2022, tandis que l’Ukraine restera au niveau de 2026. Cela représente donc une énorme différence tactique et opérationnelle", conclut-il. L’avenir du conflit russo-ukrainien pourrait donc se tenir dans les mains d’Elon Musk.