Génocide au Rwanda : la justice refuse d'entendre l'ex-chef d'état-major, "vers un non-lieu" pour l'opération Turquoise

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Les associations décrivent une enquête "pour l'Histoire" et non en vue de punir des responsables
Les associations décrivent une enquête "pour l'Histoire" et non en vue de punir des responsables © OLIVIER MATTHYS / BELGA / AFP
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L'ex-amiral Jacques Lanxade ne sera pas entendu par la justice dans le cadre de l'enquête sur l'abandon aux Hutu de centaines de Tutsi entre le 27 et le 30 juin 1994. 

La justice n'a pas jugé pas nécessaire d'entendre l'ex-chef d'état-major des armées dans l'enquête sur les responsabilités de l'armée française lors du génocide de 1994 au Rwanda, ont annoncé jeudi les parties civiles, qui dénoncent une décision ouvrant "la voie à un non-lieu".

Jacques Lanxade ne sera pas entendu. La cour d'appel de Paris a confirmé, le 31 octobre, le refus du juge d'instruction d'auditionner l'ex-amiral Jacques Lanxade et son adjoint de l'époque, l'ex-général Raymond Germanos, comme le réclamaient l'association Survie, la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH et LDH) et les autres parties civiles, qui accusent la force Turquoise d'avoir sciemment abandonné aux génocidaires Hutu des centaines de Tutsi des collines de Bisesero, du 27 au 30 juin 1994.

Une enquête "pour l'Histoire". "Ce refus de rechercher toutes les responsabilités éventuellement engagées, y compris celles des plus hauts responsables de l'armée française, compromet gravement l'enquête", affirment les trois associations dans un communiqué. "Cette décision pourrait ouvrir la voie à un non-lieu judiciaire", s'inquiètent-elles. Cet acte "montre que si la justice enquête, elle le fait 'pour l'Histoire' et non dans la perspective de mises en examen et encore moins d'un procès", s'insurgent Fabrice Tarrit, co-président de Survie, et leur avocat Olivier Foks.

Une faute des officiers de terrain ou de l'état-major ? L'enquête, instruite au pôle crimes contre l'humanité à Paris, semble démontrer que la découverte des réfugiés le 27 était connue des autorités françaises avant l'intervention militaire du 30, selon une source proche du dossier. Mais pour le juge, qui a acté ce refus d'auditions fin août, la question de savoir si l'absence d'intervention des militaires pendant ces trois jours constitue un acte de complicité de génocide "ne concerne que les officiers qui ont déjà été entendus", tous membres de la force Turquoise, car ils bénéficiaient de suffisamment d'autonomie vis-à-vis de l'état-major à Paris.

Encore des zones d'ombres. Au terme de son audition en janvier 2016, le chef de la force Turquoise, le général Jean-Claude Lafourcade, a été placé sous le statut intermédiaire de témoin assisté, tout comme trois de ses subordonnés avant lui, échappant ainsi à des mises en examen. Depuis, "l'enquête est quasiment au point mort", selon Fabrice Tarrit. Les associations déplorent "que nombre d'auditions demandées en 2015 n'ont pas eu lieu et que des documents essentiels à la compréhension des événements n'ont pas été communiqués par le ministère de la Défense".