Européennes : coalitions, instances… Que va-t-il se passer maintenant pour l'UE ?

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Les équilibres politiques ne sont pas encore établis au Parlement européen.
Les équilibres politiques ne sont pas encore établis au Parlement européen. © FREDERICK FLORIN / AFP
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Au lendemain des élections européennes, le Parlement se réveille avec un nouveau visage. Désormais, les tractations débutent à Strasbourg, Bruxelles et ailleurs afin de constituer les nouveaux équilibres du pouvoir pour les cinq prochaines années.
ON DÉCRYPTE

C'est reparti pour cinq ans : 751 députés européens ont été officiellement élus par les électeurs des 28 pays de l'Union européenne, dimanche. Ils formeront, dès le début de la session plénière, début juillet, le nouveau Parlement européen jusqu'en 2024. Avec un paysage politique européen éclaté et des instances convoitées de toutes parts, les futurs équilibres du pouvoir à Strasbourg semblent mouvants pour les prochaines semaines.

Un Parlement divisé…

En Europe comme en France, l'hégémonie des deux grands partis de gouvernement, groupe socialiste et Parti socialiste d'un côté, Parti populaire européen et Républicains de l'autre, a pris fin. Si le PPE (182 sièges selon les dernières projections fournies par le Parlement européen, contre 216 actuellement) et les sociaux-démocrates (S&D, 147 sièges contre 185) restent les deux principales formations de l'hémicycle européen, ils perdent leur capacité à réunir à eux seuls une majorité pour faire passer des textes législatifs.

Ils devront composer avec les écologistes, qui grimpent de 52 à 69 sièges, et les Libéraux (Alde), qui obtiennent 109 sièges contre 69 sous la précédente mandature. Dopés par les scores des partis de Marine Le Pen et Matteo Salvini, mais aussi celui du parti pro-Brexit de Nigel Farage au Royaume-Uni, les eurosceptiques devraient remplir, toutes tendances confondues, jusqu'à un quart de l'hémicycle (171 sièges selon les projections les plus récentes contre 155 dans l'hémicycle sortant).

… pour une coalition qui reste à trouver

Dans ces conditions, une coalition semble inévitable entre plusieurs partis afin de gouverner et voter les textes. Reste encore à savoir laquelle : "Pour avoir une majorité il faut être au moins trois, voire plutôt 4 pour bien avoir une majorité solide. Cela oblige à aller vers une coalition à 4, peut-être un contrat de coalition" pour les familles politiques précédemment citées, analyse auprès de l'AFP Sébastien Maillard, de l'Institut Delors.

Entendu sur europe1 :
En termes arithmétiques, une coalition à trois (avec le PPE, les Sociaux-démocrates et les Libéraux, NDLR) peut tenir. Mais en termes politiques, non

"Il faudra toujours la moitié de la coalition (PPE-S&D, NDLR) pour faire quoi que ce soit. Et considérant la désunion de la droite dure, il y aura toujours besoin d'un des deux grands partis", explique Pelle Christy, du cabinet de consultants Euraffex Consultancy.

"En termes arithmétiques, une coalition à trois (avec le PPE, les Sociaux-démocrates et les Libéraux, NDLR) peut tenir. Mais en termes politiques, non. Je pense que ce serait beaucoup mieux d'avoir les Verts dans la majorité qui va se créer autour du prochain président de la Commission", anticipait de son côté Enrico Letta, ancien Premier ministre italien, lors de la soirée de décryptage des résultats à Sciences Po, dimanche soir, dont Europe 1 était partenaire.

Comment les partis se positionnent-ils ?

La République en marche, qui va siéger avec les libéraux, a déjà tendu la main aux Verts, par l'intermédiaire du numéro deux de la liste Renaissance, Pascal Canfin, entre autres. L'ancien eurodéputé EELV veut une "coalition majoritaire au Parlement européen, éventuellement avec EELV", "on leur tend la main, à eux de la saisir", a-t-il déclaré sur RTL. "Une telle proposition n’a aucun sens et montre une réelle méconnaissance du Parlement européen. Il va d’abord falloir que les députés En Marche se mettent d’accord entre eux au sein du groupe libéral", a répondu Yannick Jadot dans Sud Ouest.

Les choses vont aussi bouger à la droite de la droite en Europe, avec notamment un question cruciale : avec qui vont siéger les députés hongrois du parti nationaliste de Viktor Orban, le Fidesz ? La formation politique a été suspendue du PPE (le groupe de LR) en mars et pourrait s'allier avec l'un des groupes nationalistes, comme l'ENL (le groupe du RN et de la Ligue en Italie) ou l'EFDD (le groupe du Brexit au Royaume-Uni). Depuis l'intérieur ou l'extérieur du Parlement, Matteo Salvini, Marine Le Pen et Viktor Orban veulent en tout cas tenter de fédérer les partis populistes autour d'eux face à une coalition qui devrait se faire sans eux.

Valse anticipée aux postes-clés

Vestager bien placée pour la Commission

Le poste principal à attribuer après le scrutin est celui de président de la Commission européenne, qui attribue les portefeuilles aux différents commissaires et détermine le programme d'action de l'instance. Dans cette lutte, la libérale danoise Margrethe Vestager, commissaire européenne à la Concurrence sous la précédente mandature, est favorite pour succéder à Jean-Claude Juncker.

Elle devra faire face à d'autres prétendants, déclarés ou non. Il y a d'abord le socialiste néerlandais Frans Timmermans, qui peut bénéficier de la victoire surprise des travaillistes aux Pays-Bas. Député européen du PPE (droite), l'Allemand Manfred Weber est lui aussi sur les rangs. Enfin, le Français Michel Barnier, membre du PPE, est pressenti pour briguer ce poste après avoir honoré son mandat de négociateur du Brexit, mais n'a pas formalisé ses intentions.

Pour ce poste, mais aussi pour le fonctionnement global des instances de l'Union européenne, les grandes manoeuvres commencent lors du dîner des chefs d'États et de gouvernement européens sur ce sujet, mardi soir. Ils devront ensuite élire le nouveau président de la Commission lors d'un sommet, les 20 et 21 juin. Le candidat arrivé en tête devra ensuite récolter la majorité des suffrages des députés européens, soit 346 suffrages, lors d'un vote mi-juillet. Il ou elle entrera officiellement en fonctions le 1er novembre prochain.

Pas de favoris pour le Parlement

S'il est le plus prestigieux, le poste de président de la Commission européenne n'est pas le seul à aiguiser les appétits. Celui de président du Parlement européen est aussi à attribuer, lors d'un vote des eurodéputés le 2 juillet. Ceux-ci devront choisir la personne qui supervise le travail des commissions parlementaires et représente l'institution à l'extérieur, et ce pour deux ans et demi. À l'heure actuelle, les jeux sont très ouverts pour le remplacement de l'Italien Antonio Tajani.

D'autres postes à attribuer

Trois autres postes doivent être attribués en 2019 : la présidence du Conseil européen, l’instance qui représente les États (Donald Tusk, aujourd'hui); le poste de Haut représentant pour la diplomatie européenne (Federica Mogherini, aujourd'hui) et la présidence de la Banque centrale européenne. Pour cette dernière instance, l'Allemand Jens Weidmann est favori pour remplacer Mario Draghi le 1er novembre.

Europe 1
Par Thibaud Le Meneec avec AFP