Et maintenant, quel(s) scénario(s) pour la Catalogne ?

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Un homme brandit l'Estelada, le drapeau pro-indépendance de la Catalogne, dans les rues de Barcelone, dimanche.
Un homme brandit l'Estelada, le drapeau pro-indépendance de la Catalogne, dans les rues de Barcelone, dimanche. © PAU BARRENA / AFP
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Au lendemain du référendum sur son indépendance, Europe 1 passe en revue les hypothèses sur la table. 

L'incertitude règne toujours en Catalogne. Après la large victoire du "oui", revendiquée à 90% par les indépendantistes malgré une faible participation (42,3%), le fossé se creuse un peu plus entre Madrid et Barcelone. D'un côté, le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, a nié l'existence du scrutin, évoquant une simple "mise en scène" de démocratie ; de l'autre, le chef du gouvernement catalan, Carles Puigdemont, a ouvert la voie à une proclamation d'indépendance, affirmant que les Catalans avaient dorénavant "le droit d'avoir un Etat indépendant".

Plus que jamais lundi matin, la Catalogne et l'Espagne se retrouvent arc-boutés sur des positions contraires. Pour le quotidien de référence El Pais, partisan de l'unité nationale, il s'agit là d'une "crise institutionnelle grave". Plusieurs scénarios sont maintenant sur la table. Europe 1 passe en revue les hypothèses au lendemain du référendum.    

Une sortie "sèche" de l'Espagne

En théorie, et en vertu d'une loi votée début septembre par la courte majorité séparatiste au parlement catalan, l'indépendance devrait être proclamée dans les 48 heures suivant une victoire du "oui". Une sortie "sèche", unilatérale et rapide, serait toutefois synonyme d'une escalade dangereuse avec le gouvernement central, note l'Opinion. Le président du gouvernement, Mariano Rajoy, pourrait répliquer et enclencher l'article 155 de la Constitution qui lui permet de prendre la direction d'une communauté autonome en cas d'atteinte grave à l'intérêt général. Une décision à laquelle s'opposeraient les indépendantistes qui ne reconnaissent plus la "suprématie" de la Constitution espagnole, mais uniquement la "souveraineté de la nation catalane", indique Anthony Sfez, chercheur sur les questions hispaniques et ibériques, dans Libération.

En cas de refus de se soumettre à Madrid, les chefs séparatistes pourraient être passibles des chefs d'accusation de sédition et rébellion. Ils encoureraient alors des peines de quinze à trente ans de prison et une privation de leurs droits civiques. Une option qui, après l'indignation suscitée par la répression du référendum, ne ferait qu'attiser les braises en Catalogne.

La rue contre Madrid

Autre hypothèse : Carles Puigdemont ne déclare pas l'indépendance et décide de jouer la rue contre Madrid. Renforcés par une gestion du référendum jugée calamiteuse par l'opinion, les indépendantistes décident d'en tirer profit via une mobilisation massive dans toute la Catalogne. Un scénario qui se profile d'ailleurs à l'heure actuelle, avec un appel à la grève générale mardi lancé par les syndicats catalans, indique le quotidien barcelonnais La Vanguardia.

Leur objectif : rallier à eux les (nombreux) abstentionnistes qui ne se sont pas exprimés lors du scrutin, mais qui désapprouve la "méthode forte" de Mariano Rajoy pour l'empêcher et souhaitent lui envoyer un signal fort. Avec une forte action populaire, les indépendantistes catalans pourraient ainsi "passer de la logique de l'indépendance à celle de la défense de la démocratie contre un Etat répressif", juge Gabriel Colome, professeur de sciences politiques à l'Université autonome de Barcelone. Et appuyer leur rapport de force avec Madrid pour négocier des marges d'autonomie supplémentaires.

Convocation d'élections législatives anticipées en Catalogne

En parallèle de la pression dans la rue, l'exécutif local peut décider de dissoudre le Parlement catalan et d'organiser de nouvelles élections. Face à la crise, les indépendantistes pourraient capitaliser dans les urnes et constituer une forte majorité dans cette instance régionale. Une manière d'affaiblir un peu plus le gouvernement central, qui gouverne actuellement sans majorité, et qui s'appuie sur les nationalistes basques (favorables à l'autonomie des régions) pour voter son budget. Dans ces conditions, le Parti populaire de Mariano Rajoy aurait plus de mal à maintenir la fragile coalition dont il bénéficie au Parlement espagnol.

Enfin, une large victoire des séparatistes catalans lors d'élections anticipées leur permettrait de reprendre leurs revendications dans un cadre institutionnel cette fois : reconnaissance du catalan comme langue préférentielle, régime fiscal à part, statut autonome...