Des stars américaines réclament la libération d'une ancienne "esclave sexuelle"

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L'histoire de Cyntoia Brown, condamnée à la prison à vie pour avoir tué l'un de ses clients alors qu'elle était mineure et contrainte à la prostitution, émeut l'Amérique.

Cyntoia Brown est emprisonnée depuis onze ans. Mais, dans le contexte de l'affaire Weinstein, son histoire ne fait la Une des médias que depuis quelques jours. À la faveur d'un reportage télévisé diffusé sur la chaîne Fox 17, l'Amérique (re)découvre l'histoire de cette ancienne esclave sexuelle, condamnée à la prison à vie pour avoir tué l'un de ses clients alors qu'elle était mineure. Un scandale pour beaucoup d'anonymes et de stars, qui relaient le discours de son avocat et réclament sa libération.

Un proxénète surnommé "coupe-gorge". Née d'une mère alcoolique, Cyntoia Brown souffre d'un retard de développement. En 2004, elle a 16 ans lorsqu'elle quitte son école de Clarksville et fugue vers la capitale du Tennessee, Nashville. Là, elle rencontre un vingtenaire "violent et addict à la drogue", selon la BBC. L'homme, surnommé "Kuttrhoat" ("coupe-gorge") la viole, la frappe et l'oblige à se prostituer. "Il m'expliquait que certaines personnes étaient nées pour être des prostituées et que j'en faisais partie", expliquera-t-elle plus tard à la justice, rapporte le New York Times.

Le 6 août, après quelques mois passés sous son emprise, Cyntoia Brown monte à bord du camion d'un client de 43 ans, Johnny Allen. Ils roulent jusqu'au domicile de l'homme, qui lui explique avoir été tireur d'élite, dînent puis montent dans sa chambre. "Il m'a attrapée par les jambes, très fort, je me suis dit qu'il allait me frapper", se souviendra-t-elle. Allen se tourne vers le côté du lit. Cyntoia pense qu'il cherche à attraper une arme, sort son propre pistolet, confié par "coupe-gorge", et lui tire dans la tête.

Pas de libération avant ses 67 ans. Deux ans plus tard, Cyntoia Brown voit les décisions de justice en sa défaveur s'enchaîner les unes après les autres. Les images de son procès montrent un visage juvénile, entouré de deux tresses. Le tribunal décide d'abord de la juger comme une adulte, et non pas comme une mineure. Il rejette l'argument de la légitime défense et la juge coupable de meurtre, de prostitution et de vol aggravé : avant de quitter le domicile de Johnny Allen, elle lui a dérobé de l'argent et deux armes. À 18 ans, la jeune femme écope d'une peine de prison à vie, dont aucune demande d'aménagement ne pourra être déposée avant ses 67 ans.

Depuis, Cyntoia Brown se comporte en prisonnière modèle selon son avocat, Me Charles Bone. Elle a brillamment obtenu une équivalence destinée aux jeunes ayant quitté le système scolaire sans diplôme. Un élu républicain de Nashville, Jeremy Faison, qui lui rend régulièrement visite et milite pour sa libération, décrit auprès du New York Times une personne "gentille", "intelligente" et "pleine de remords".

"Le système a échoué". Après la diffusion du documentaire de Fox 17, l'appel a connu un retentissement inattendu à l'initiative de Kim Kardashian, forte de millions d'abonnés sur les réseaux sociaux. "Le système a échoué. Cela me brise le cœur de voir que quand une jeune esclave sexuelle a le courage de se défendre, on la condamne à vie ! (...) J'ai appelé mes avocats pour voir ce que l'on peut faire", a publié la femme d'affaires mardi, relayant le hashtag #FreeCyntoiaBrown. L'appel a notamment été partagé par la chanteuse Rihanna, la top model Cara Delevingne ou le rappeur Snoop Dog. Une pétition demandant une grâce présidentielle, avait recueilli près de 300.000 signatures, jeudi.

L'appel a-t-il des chances d'être entendu ? Pour Jeff Burks, le procureur à l'origine des poursuites initiées en 2004, la réponse est non. Interrogé par Fox 17, l'homme juge qu'un "groupe de personnes cherche à faire de Cyntoia Brown une victime et une célébrité", au prix d'une transformation des faits. "Elle n'a fait l'objet d'aucun trafic et n'était pas une esclave sexuelle. Ce n'est pas juste pour la victime et sa famille de n'entendre qu'un des camps dans cette histoire."

En 2016, Jeremy Faison a formulé une proposition de loi permettant à tout mineur de demander un aménagement de peine après 15 ans de prison, en vain. Me Charles Bone espère lui que "le tribunal, la loi ou le gouverneur permette finalement de trouver une issue favorable à ce dossier, pour réduire sa peine au maximum." Il souligne que depuis 2004, les textes ont déjà changé dans le Tennessee : un mineur ne peut plus être condamné pour prostitution.