Les ministres de l'Intérieur européens se réunissent mardi en visioconférence pour évoquer la crise migratoire à Ceuta ces derniers jours. L'hypothèse d'une arme politique utilisée par le Maroc à l'encontre de l'Espagne est soutenue par Madrid, une semaine après un entretien à Alger entre le Premier ministre espagnol et le président algérien.
Ce sera le thème à l'ordre du jour de la réunion de crise mardi entre les ministres de l'Intérieur européens. L'afflux d'environ 60.000 migrants dans l'enclave espagnole de Ceuta, sur la côte nord du Maroc, sera abordé en priorité, alors que la quasi-totalité de ces migrants entrés illégalement sont retournés au Maroc.
Cette réunion, qui se déroulera en visioconférence, aura surtout comme objectif de savoir comment faire face à un nouvel épisode de ce type. Sur le plan diplomatique, plusieurs théories commencent à apparaître. L'Espagne soupçonne une tentative de pression politique de la part du royaume.
Madrid veut ouvrir une nouvelle phase de la relation avec Alger
Rabat ferait-elle payer à Madrid un rapprochement avec l'Algérie ? Si rien n'est officiellement établi à ce stade, le délai très court entre la visite de Pedro Sanchez à Alger la semaine dernière et les événements de Ceuta du crédit à cette thèse.
Le Premier ministre espagnol a en effet rencontré le président algérien Abdelmadjid Tebboune pour notamment évoquer les questions d'approvisionnement en gaz, affirmant par ailleurs vouloir ouvrir une nouvelle phase de la relation entre Madrid et Alger. De quoi raviver les tensions entre l'Espagne et le Maroc, éternel rival de l'Algérie.
Un précédent en 2021
Ces tensions avaient connu un précédent en 2021. Près de 9.000 personnes avaient ainsi franchi illégalement la frontière espagnole de Ceuta, après l'accueil par l'Espagne du leader du Front Polisario, un mouvement indépendantiste du Sahara occidental opposé au Maroc.
Ce qui est sûr, c'est que les exemples de recours à la pression migratoire comme arme politique sont nombreux. Par exemple, la Turquie a longtemps joué sur ce levier avec l'Europe, Ankara ayant accueilli sur son sol quatre millions de réfugiés, principalement venues de Syrie. En 2021, une situation semblable s'était également produite en Biélorussie.