CARNET DE BORD - Comment l'Europe du Sud vit le déconfinement : deuxième étape, Milan

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Milan Duomo
La célèbre Piazza del Duomo, à Milan, est inhabituellement vide. © MIGUEL MEDINA / AFP
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JOUR 2 - Italie, Grèce, Balkans... Pendant dix jours notre reporter voyage en Europe du Sud pour comprendre comment les habitants de ces pays vivent le déconfinement. Après avoir fait escale à Vintimille, il s’est rendu à Milan, en Lombardie, l’une des régions les plus touchées par la pandémie sur le Vieux continent.  
REPORTAGE

>> Pendant dix jours, notre reporter parcourt l'Europe du Sud pour comprendre comment nos voisins européens vivent leur déconfinement, la réouverture des frontières, l'approche des vacances, mais aussi prendre le pouls de l’économie locale. Un voyage de l'Italie jusqu'à la Grèce, en passant par les Balkans et la côte Adriatique. Pour la deuxième étape de son "tour du déconfinement" européen, Jean-Sébastien Soldaini s’est rendu à Milan, en Lombardie, l’une des régions les plus touchées par la pandémie sur le Vieux continent.

Je découvre Milan au lendemain de la fin des restrictions de circulation entre les régions italiennes. De prime abord, la ville est très animée. Circulation dense et stationnement saturé dans le centre. Mais à bien y regarder, je me rends compte que de nombreux magasins sont fermés. Les Milanais sont pourtant sortis de confinement début mai, mais l’activité n’a pas encore repris partout. 

Ce qui est frappant, c’est le contraste avec l’ambiance, la veille, à Vintimille, où les Italiens étaient plus relâchés sur le port du masque et le respect des distances.

Des masques sur tous les visages, des mesures sanitaires dans chaque établissement

C’est très différent à Milan : le masque est quasiment sur tous les visages. Les personnes se tiennent à distance. L’ampleur de l’épidémie dans la capitale lombarde semble avoir marqué les esprits et les comportements plus qu’ailleurs.

Et si les Milanais envisagent de se relâcher, il y a sans cesse quelque chose pour les rappeler à l’ordre. On vous prend par exemple la température à l’entrée des hôtels et des restaurants, chaque établissement vous propose du gel hydro-alcoolique à votre arrivée.

La Piazza del Duomo "inhabituellement vide"

Une ambiance qui n’incite pas forcément à sortir en fin de journée, pour flâner sur les quelques terrasses ouvertes le temps d’un apéritif. La Piazza del Duomo est, selon la propriétaire du kiosque à journaux, "inhabituellement vide". "A 18 heures, la fréquentation est la même qu’à 8 heures du matin en temps normal."

Des entreprises en grande difficulté

A quelques kilomètres du centre de Milan, dans la ville de de Cormano, l’entreprise de Giovanni Vita tente de résister coûte que coûte à la crise économique. Cet Italien dirige Tecnolegno, une société de design et de menuiserie de luxe. "Les investissements ont été maintenus, les salaires aussi. Les designers ont poursuivi leurs travaux", se satisfait-il derrière de petites lunettes rondes, alors que le reste de son visage est caché par un masque chirurgical.

Mais en réalité, il finit par l’admettre : "90% de l’activité a disparu pendant 3 mois…" Quasiment aucune pièce n’est sortie des ateliers. Alors il s’estimera heureux si à la fin de l’année 2020, son chiffre d’affaires atteint les 10 millions d’euros, soit la moitié des rentrées habituelles.

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Giovanni Vita, le dirigeant de l'entreprise Tecnolegno près de Milan, tente de relance sa société. (Photo @Europe1/Jean-Sébastien Soldaini)

"Est-ce que les acheteurs seront au rendez-vous ?"

"Ce sera dur", reconnaît-il. "Car je travaille avec tous les grands salons internationaux. Toutes les grandes expositions sont annulées. Et même si certaines viennent à rouvrir, est-ce que les acheteurs seront au rendez-vous ?", s’inquiète-t-il. Pas sûr, car à l’écouter, lorsqu’il discute avec les autres entrepreneurs de Lombardie, "personne ne semble miser sur une reprise avant le mois d’octobre".

D’habitude, ses clients sont des marques prestigieuses. Ses ateliers dessinent et fabriquent des meubles en bois pour Ferrari, Dolce e Gabbana, Prada. "En 64 ans d’existence, cette entreprise n’a jamais eu besoin d’un commercial. Nous marchons grâce à notre réputation", assure Giovanni Vita. Mais ces marques, qui sont aussi ses propres vitrines, sont absentes de l’écran qui lui permet de voir l’état d’avancement des commandes. Rien. A chaque ligne : "Fabrication suspendue". Difficile d’envisager un début de reprise alors que le marché transalpin est encore à l’arrêt.

Se réinventer pour survivre à la crise économique

Pour faire face à la crise, Giovanni Vita cherche à se réinventer. Sa dernière production est une petite structure en forme d’animaux : un ourson ou un panda qui propose à des enfants… du gel hydro-alcoolique. Une façon "de leur apprendre les gestes barrières dans les écoles". Nous sommes bien loin des pièces uniques, modèles de design, que Tecnolegno a l’habitude de fournir. Quant aux leaders du luxe à l’italienne, ils semblent être à des années-lumières.