A Mossoul, "même dans les ruines, on voit la vie revenir", assure un frère dominicain

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Olivier Poquillon 3:51
Olivier Poquillon doit superviser la reconstruction du couvent de Mossoul. © Europe 1
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Alors que le pape François entame vendredi une visite en Irak et à Mossoul, Olivier Poquillon, frère dominicain installé en Irak depuis 2019, était l’invité d’Europe 1 vendredi matin. Même si la ville a été ravagée par les combats contre Daesh, il veut insister sur la résilience des habitants qui reviennent peu à peu s’installer dans cette ville profondément meurtrie.
INTERVIEW

Le pape François entame vendredi une visite en Irak et à Mossoul, ville meurtrie par les violences de Daesh que les chrétiens ont dû fuir. Une visite historique et saluée par Olivier Poquillon, frère dominicain, présent dans le pays depuis septembre 2019. La ville de Mossoul a été ravagée par les combats menés pour finalement déloger en 2017 les djihadistes qui en avaient fait leur capitale.

Malgré les dégâts et les stigmates des combats encore très visibles, Olivier Poquillon préfère se concentrer sur la renaissance de la ville. "Au bout d'un an, on a vu les rues être regoudronnées, les réseaux d'eau et d'électricité revenir. Juste avant le Covid, il y a eu une petite reprise économique dans la vieille ville, avec des familles qui revenaient et des enfants qui jouaient dans les rues. Même dans les ruines, on a vu la vie revenir", raconte-t-il vendredi matin sur Europe 1, avant d’ajouter : "la vieille ville a été quasiment rasée. C'est un champ de ruines, mais avec un certain nombre de choses qui émergent".

"Retrouver la diversité de Mossoul"

Outre la reconstruction de la ville, Olivier Poquillon est également marqué par la résilience des habitants : "ce qui me frappe chez les Irakiens, c'est cette volonté de passer à autre chose. Quand on discute avec les jeunes, notamment les lycéens ou les  étudiants, on voit que ce qui les intéresse, c'est de retrouver cette diversité dans Mossoul".

Arrivé à Mossoul à l’automne 2019, Olivier Poquillon est venu pour superviser la reconstruction du couvent Notre-Dame-de-l'Heure. Trois bâtiments sont d’ailleurs concernés par un programme de l'Unesco. "Je m'attendais à voir Mossoul plus détruite qu'elle ne l'était. J'ai été paradoxalement heureux de voir que, au milieu du tas de ruines, le couvent où j'avais habité en 2003-2004 avait encore un toit, même s'il était très endommagé par des frappes aériennes et des combats qui ont été de très haute intensité autour", reconnait-il.

Un couvent transformé en tribunal et en centre de formation

Occupé par Daesh, le couvent a servi de tribunal et de centre de formation. "Il y avait des gravats partout, des gilets pare-balles qui traînaient et des manuels d'instruction", se souvient aussi Olivier Poquillon. "Vu la durée du siège de la vieille ville et l'ampleur des destructions, on trouve du matériel militaire et des armes, des munitions, des documents, des choses comme ça. Et puis, malheureusement, dans la vieille ville, on retrouve encore des corps qui peuvent être des corps de combattants ou des corps de civils qui ont été piégés à la fin des combats". Les chrétiens représentent 2% de la population irakienne. En 2000, on comptait en Irak un million et demi de chrétiens. Vingt ans plus tard, on estime que ce chiffre a été divisé par dix.

Olivier Pocquillon s’est également exprimé sur la question de la sécurité du pape. En Italie notamment, sa visite à Mossoul, où il y a encore des frappes aériennes, fait débats. "Quand on lui a fait des reproches sur sa sécurité, le pape a répondu 'j'ai plus de 80 ans, j'ai donné ma vie à Dieu, ce n'est pas à plus de 80 ans que je vais la reprendre'", a rappelé Olivier Pocquillon.

Europe 1
Par Léa Leostic