Ce dimanche 26 avril marque les 40 ans de la catastrophe de Tchernobyl. Un réacteur de la centrale nucléaire soviétique, située dans le nord de l'Ukraine, avait explosé très tôt dans la nuit. Quatre décennies plus tard, l'édifice, inactif mais toujours scruté de près, donne des signes de fragilité dans un contexte de conflit avec la Russie.
C'est l'une des pires catastrophes en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Le 26 avril 1986, à 1h23 précisément, le réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire soviétique de Tchernobyl, à 130 km de Kiev dans le nord de l'Ukraine, explosait, provoquant l'élévation d'une colonne de fumée radioactive dans les airs.
Le bilan humain de ce terrible drame est débattu, l'ONU l'évaluant en 2005 à 4.000 morts avérés ou à venir dans les trois pays les plus touchés, puis l'ONG Greenpeace estimant en 2006 que 100.000 personnes ont péri au total à la suite de cette catastrophe.
L'enveloppe moderne fragilisée par la guerre
Aujourd'hui, l'édifice, bien qu'inactif depuis 2000, est toujours au centre des attentions, et des signes de fragilité sont observés. Alors qu'une enveloppe interne en acier et en béton a été construite autour du réacteur détruit juste après la catastrophe, une structure métallique a été installée en 2016 pour la recouvrir plus efficacement.
L'enveloppe récente, appelée "nouvelle enceinte de confinement", a été endommagée au cours du conflit entre l'Ukraine et la Russie en février 2025. Selon l'ONG Greenpeace, son effondrement incontrôlé pourrait accroître le risque de rejets de radioactivité dans l'environnement. En dépit de travaux de réparation, la fonction de confinement de la nouvelle enceinte n'a pas pu être "pleinement rétablie", écrit l'organisation dans un rapport rendu public à la mi-avril.
Un effondrement de la structure "serait catastrophique car il y a quatre tonnes de poussière, de la poussière hautement radioactive, des granules de combustible et d'énormes quantités de radioactivité à l'intérieur du sarcophage", relate Shaun Burnie, un spécialiste dans le domaine du nucléaire de Greenpeace Ukraine, auprès de l'AFP.
La difficulté de sécuriser à nouveau l'édifice
Faire des travaux pour sécuriser la centrale nucléaire est rendu complexe en raison de la guerre dans la région. Sergiy Tarakanov, le directeur de l'édifice, a souligné que la situation était très "dangereuse".
"Si une roquette tombe, non seulement dans l'enceinte de confinement mais à seulement 200 mètres, cela créera un impact externe semblable à celui d'un séisme", s'est-il alarmé. "Et ce que l'accident de 1986 nous a montré, (...) c'est que les particules radioactives ne connaissent pas de frontières", a-t-il rappelé.
Un no man's land à proximité de la centrale
Une zone d'exclusion a été mise en place autour de la centrale, dans un rayon de 30 km, en raison de la radioactivité toujours présente. Au total, plus de 2.200 km2 dans le nord de l'Ukraine et 2.600 km2 dans le sud de la Biélorussie sont de facto des endroits impropres à la vie humaine, bien que certains ont malgré tout choisi de rester et d'y habiter. Selon l'Agence internationale de l'énergie atomique, personne ne pourra y vivre en toute sécurité avant les 24.000 prochaines années.
A trois kilomètres de la centrale, Pripyat, où vivaient 48.000 personnes en 1986, a été totalement vidée de sa population et ressemble à une ville fantôme après l'apocalypse : bâtiments en décomposition, auto-tamponneuses gisant, rouillées, dans ce qui reste d'un parc d'attractions, salles d'école remplies de cahiers abandonnés aux intempéries... Plus petite, la ville de Tchernobyl, située à une quinzaine de kilomètres de la centrale et qui lui a donné son nom, a également été évacuée.
Avant la guerre en Ukraine, il était possible de se rendre sur le site avec un guide mais, depuis près de trois ans, la zone est totalement interdite aux touristes. Le lieu est de facto devenu une immense réserve naturelle, où ont notamment été réintroduits en 1998 des chevaux sauvages.