"Tout ce qu'il m'a raconté était faux" : un escroc, bigame et faux espion condamné à deux ans de prison ferme à Annecy

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Espion ou pas ? Marié mais à qui ? Le tribunal correctionnel d'Annecy a condamné vendredi à deux ans de prison ferme un homme de 45 ans, jugé pour faux en écriture publique et privée, usage de faux, escroquerie et bigamie.
TÉMOIGNAGE

C'est un mari et un papa modèle… quand il est à la maison, à Annecy. Mais M. L., 45 ans, mène une vie professionnelle toujours plus prenante, qui implique des missions au pied levé aux quatre coins du monde. Dans son entourage, seule sa femme est dans la confidence : il travaille pour la DGSE. Pour les autres, M. L. est un homme d'affaires très occupé.

Mise à jour (10h50). Le tribunal correctionnel a condamné M. L. à cinq ans de prison, dont trois avec sursis. Ce sursis est assorti d'une mise à l'épreuve de deux ans avec obligation de soins, de réparer les dommages causés à ses victimes, et de demander une autorisation avant tout déplacement à l'étranger. 

En juillet 2015, sa femme apprend avec stupéfaction par la caisse d'allocations familiales qu'elle est divorcée depuis trois ans, en vertu d'un jugement du tribunal d'instance de Marseille du 10 juin 2012. Cet homme, avec qui elle est mariée depuis douze ans et avec qui elle a eu trois enfants, a tout falsifié.

"Tout ce qu'il m'a raconté était faux" : un escroc, bigame et faux espion jugé à Annecy

"Je me suis retrouvée dans un cauchemar". En fait, M. L. passe le plus clair de son temps avec une autre femme qu'il a également épousée, et bernée elle aussi. Pour Europe 1, elle s'est exprimée pour la première fois sur cette affaire. "J'ai découvert que toute cette vie n'était qu'illusion de façon brutale, par un coup de fil froid et banal de la gendarmerie d'un village à plus de 100 km de notre domicile. 'Bonjour Madame, nous venons de placer votre mari en garde à vue'", rapporte-t-elle.

"Là, je me suis retrouvée dans un cauchemar. J'ai subi cinq heures d'interrogatoire, jusqu'à entendre cette vérité : 'votre mari est marié, il mène une double vie'. Tout ce qu'il m'a raconté était faux : sa date de naissance, ses parents, ses études, son travail…", s'émeut-elle. Aujourd'hui, le quotidien de cette femme, qui souhaite rester anonyme, est bouleversé. "Depuis trois ans, je vis dans la peur de découvrir de nouvelles escroqueries qui auraient un impact sur ma vie. Vous imaginez la peur de refaire confiance à quelqu'un, aussi", confie-t-elle.

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Aucun rôle à la DGSE. Quand la première épouse découvre le pot aux roses, une enquête est ouverte et apporte encore son lot de surprises : M. L. est fiché à la Banque de France, et les copies de son acte de naissance et de son passeport sont falsifiés. La société BDO International, pour laquelle il est censé avoir travaillé - ce qui lui permet de toucher des allocations de Pôle Emploi (5.000 euros par mois) depuis 18 mois - n'existe pas et son rôle à la DGSE semble inexistant.

Une intelligence bien au-dessus de la moyenne. Les experts qui se sont penchés sur ce faux agent secret n'ont décelé aucun trouble psychologique, mais une intelligence bien au-dessus de la moyenne. L'homme apparaît comme un manipulateur et un escroc, notamment quand il détourne 500.000 euros accordés par la compagnie d'assurance pour des malfaçons dans la maison familiale. Il apparaît aussi comme un mythomane, capable d'emmener sa seconde épouse en voyage de noces au Vietnam pour se recueillir sur la tombe de ses parents, pourtant bien vivants et habitant en France.

Trois ans de prison requis. M. L. a reconnu l'ensemble des faits en garde à vue, expliquant avoir agi de la sorte pour pouvoir souscrire des emprunts et obtenir un crédit immobilier avec sa deuxième femme. Vendredi matin, le tribunal correctionnel d'Annecy a finalement rendu son jugement. L'accusé a été condamné à cinq ans de prison, dont trois avec sursis. Un sursis assorti d'une mise à l'épreuve de deux ans avec obligation de soins, de réparer les dommages causés à ses victimes et de demander une autorisation avant tout déplacement à l'étranger. 

"Aujourd'hui, j'ai besoin d'entendre de la justice que l'on n'a pas le droit de faire ça à quelqu'un. je ne veux pas qu'une autre femme puisse subir ce que j'ai subi", avait glissé la seconde épouse. "Et j'espère que ce soir, je pourrais me coucher en n'ayant plus peur."

Europe 1
Par Pierre de Cossette, édité par Anaïs Huet

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