Procès d’une femme gourou : « je n’étais plus sa fille »

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Eloïse Bertil , modifié à
Après 20 ans de rebondissements judiciaires, une peine d’un an de prison avec sursis a été requise contre Éliane Deschamps, jugée pour abus de faiblesse de nature sectaire devant le tribunal correctionnel de Dijon. Il y a quelques années, Magali Breux avait confié à Olivier Delacroix l’emprise de sa mère sur les membres du groupe religieux "Amour et Miséricorde" qu’elle avait fondé. Son témoignage bouleversant est à retrouver dans le podcast "Dans les Yeux d’Olivier".
PODCAST

Un an de prison avec sursis. C’est la peine requise à l’encontre d'Eliane Deschamps, jugée pour abus de faiblesse de nature sectaire par le tribunal correctionnel de Dijon. Depuis 1996, Éliane Deschamps affirme voir la Vierge Marie tous les mois. Autour d’elle, un groupe de prières baptisé "Amour et miséricorde" s’est constitué. Une communauté dont certains adeptes dénoncent l’emprise d’une femme devenue "gourou", une dizaine d'entre eux se sont constitués parties civiles. La propre fille d'Eliane Deschamps, Magali Breux, avait elle-même raconté ces dérives dans un témoignage accordé il y a quelques années à Olivier Delacroix, à retrouver dans le podcast "Dans les Yeux d’Olivier".

"Je faisais partie du groupe, je n’étais plus sa fille"

Dans ce long entretien, Magali Breux raconte que tout commence dans la forêt de Daix, tout près de Dijon, en 1996, lorsque sa mère dit voir une apparition de la Vierge. A partir de cette première vision, Éliane Deschamps organise chaque mois des pèlerinages avec des groupes de prière venus de toute la France. Peu à peu, elle forme autour d’elle une communauté de croyants qui vit sous ses ordres, qu'elle affirme recevoir directement de la Vierge. Fascinés, tous obéissent à ses commandements sans remettre en question la hiérarchie établie, selon Magali Breux.

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"Celui qui aime mieux son père, sa mère, son frère ou sa soeur que moi n’est pas digne de moi", répétait Éliane Deschamps aux membres de sa communauté. Dans son long témoignage accordé à Olivier Delacroix, Magali Breux précise que les adeptes n’ont pas de vie personnelle : tout tourne autour d’Éliane Deschamps, au point de répéter tous les jours les mêmes tâches pour elle. Selon elle, Éliane Deschamps leur interdit au passage tout contact avec le monde extérieur, forçant les membres de son groupe à rompre avec leur famille par un simple courrier.

Des accusations d'emprise

Si Magali Breux a réussi à se libérer de l’emprise exercée par sa génitrice, elle raconte que c’est grâce à son mari. Selon elle, il lui aura fallu le regard d’une personne athée, extérieure au groupe, pour se rendre compte qu’elle avait elle-même été abusée psychologiquement, et ce par sa propre mère. "Je préfère me dire qu’elle est décédée plutôt que de me dire qu’elle est vivante quelque part, qu’elle continue à faire du mal", confiait Magali Breux au micro d’Olivier Delacroix.

Une première enquête sur le groupe de prières "Amour et miséricorde" avait été lancée dès 2003 suite à l’alerte de Miviludes, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires. Mais celle qui est décrite comme un "gourou" par plusieurs adeptes a toujours contesté les accusations d'emprise. Ce n’est qu’en 2019 que la justice a requis l’envoi d’Eliane Deschamps devant un tribunal, son procès ayant ensuite été décalé en raison de l’épidémie de coronavirus. Éliane Deschamps, 67 ans aujourd’hui, encourt cinq ans d'emprisonnement et 750.000 euros d'amende. Le jugement sera rendu le 31 janvier 2022.