Agression à la prison de Condé-sur-Sarthe : le détenu interpellé, sa compagne tuée, trois gardes à vue en cours

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Le détenu radicalisé s'est retranché près de 10 heures au sein de la prison de Condé-sur-Sarthe.
Le détenu radicalisé s'est retranché près de 10 heures au sein de la prison de Condé-sur-Sarthe. © JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP
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Le détenu qui a grièvement blessé deux surveillants à la prison de Condé-sur-Sarthe, dans l'Orne, a été interpellé mardi soir. Sa compagne, elle, a été tuée dans l'assaut. Trois gardes à vue sont en cours.
L'ESSENTIEL

Un détenu radicalisé a poignardé deux surveillants mardi matin, avant de se retrancher près de dix heures avec sa compagne, au sein de l'unité familiale de la prison ultra sécurisée de Condé-sur-Sarthe, en Normandie, une attaque dont le parquet antiterroriste de Paris s'est immédiatement saisi. En fin de journée, l'homme a été interpellé après un assaut du Raid. Sa compagne, elle, a été tuée dans l'assaut. Trois gardes à vue sont en cours, a annoncé mardi soir le procureur de la République de Paris.

Les principales informations à retenir : 

  • Un détenu radicalisé, qui voulait "venger" l'auteur de l'attentat de Strasbourg, a blessé deux surveillants à la prison de Condé-sur-Sarthe mardi matin.  
  • Retranché pendant dix heures, l'homme a été interpellé après un assaut du Raid, au cours duquel sa compagne a été tuée 
  • Trois personnes ont été placées en garde à vue

Que s'est-il passé ? 

Deux surveillants grièvement blessés. Les faits se sont déroulés vers 9h45 mardi, au sein de l'unité familiale de la prison, conçue pour permettre aux familles de se retrouver plus longtemps et dans un cadre plus chaleureux qu'au parloir. D'après nos informations, la compagne du détenu, âgée de 36 ans, a simulé un malaise, en affirmant qu'elle était enceinte. Dépêchés sur place, deux surveillants ont alors été attaqués par le détenu, Michaël Chiolo, à l'aide d'un couteau en céramique. Selon le procureur de Paris Rémy Heitz, le détenu a crié "Allah Akbar" en se jetant sur les surveillants. 

Les deux surveillants grièvement blessés au visage et au thorax par le détenu, ont été hospitalisés mais leurs jours ne sont "pas en danger", selon la ministre de la Justice, Nicole Belloubet. D'après Philippe Devique (Ufap), l'un des surveillants, blessé au thorax, "est sorti du bloc opératoire et est maintenant en convalescence, sous le choc à la fois de l'opération et de l'agression sauvage". Quant au deuxième, "il est assez gravement blessé au visage et psychologiquement très perturbé". "C'est vraiment une tentative d'assassinat. Il y avait du sang partout. L'unité de vie familiale était un champ de bataille", a souligné Alassanne Sall. 

L'homme retranché plusieurs heures. Le détenu s'est par la suite retranché avec son épouse au sein de l'unité familiale, pendant près de 10 heures, affirmant porter une ceinture d'explosifs qui s'est révélée factice. Un assaut mené conjointement par le Raid et les Eris (équipes régionales d'intervention et de sécurité), lancé vers 18h40, a permis d'appréhender le couple. Selon les informations d'Europe 1 confirmées par le procureur de la République de Paris, la sa compagne est décédée des suites de ses blessures causées lors de l'intervention. Michaël Chiolo a lui été blessé plus légèrement à la joue. 

 

Qui est le détenu radicalisé ? 

Il voulait "venger" Chérif Chekatt. Michaël Chiolo a affirmé "vouloir venger" l'auteur de l'attentat du marché de Noël de Strasbourg, a annoncé mardi soir le procureur de la République de Paris. "Il est ressorti très vite des premiers témoignages que le détenu, en se jetant sur les surveillants pénitentiaires, avait crié 'Allah Akbar', qu'il disait vouloir venger Chérif Chekatt, l'individu mis en cause dans l'attentat commis à Strasbourg le 12 décembre 2018", a indiqué Rémy Heitz lors d'un point-presse sur place. Selon nos informations, les deux hommes auraient été détenus dans un même établissement pénitentiaire du Grand Est. Pour autant, il n'est pas certain qu'ils se soient croisés.

"Le caractère terroriste de cette attaque ne fait aucun doute", avait déclaré Nicole Belloubet en début d'après-midi. Le couteau en céramique, non repérable par le détecteur de métaux, "aurait pu lui être apporté par sa femme", a ajouté la ministre. 

"Radicalisé en prison". Détenu de droit commun, Michaël Chiolo, 27 ans, qui purgeait une peine de 30 ans, est considéré comme "radicalisé en prison", selon une source policière. Il n'était cependant pas détenu dans le quartier pour radicalisés, ouvert dans cette prison en septembre, d'après FO. Suivi par le renseignement pénitentiaire, il est inscrit au fichier pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), a indiqué la ministre de la Justice. Selon Me Pauline Brion, l'avocate du détenu, il a rencontré sa compagne "en prison et ils projetaient de se marier". "Il avait écrit à quelqu'un après sa conversion pour qu'on lui trouve une épouse", a-elle indiqué à l'AFP.

Condamné pour meurtre et apologie du terrorisme. Converti à l'islam en 2010, le détenu purge une peine de réclusion criminelle pour arrestation, enlèvement, séquestration suivie de mort et vol avec arme, et d'un an d'emprisonnement pour apologie publique d'acte de terrorisme. Il est libérable en 2038. Avec un complice, ils avaient été condamnés en décembre 2015 en appel à Nancy pour avoir étouffé un homme de 89 ans, après l'avoir séquestré et "momifié" à son domicile près de Metz en 2012. En novembre 2015, alors qu'il était déjà incarcéré à Mulhouse dans l'attente de son jugement en appel, Michaël Chiolo avait été condamné à un an de prison ferme pour avoir demandé à ses codétenus de "rejouer" l'attaque du Bataclan dans la cour de la maison d'arrêt. 

Quelles sont les suites judiciaires ? 

 

Enquête ouverte. Le parquet antiterroriste de Paris s'est immédiatement saisi du dossier. Une enquête de flagrance a été ouverte pour "tentative d'assassinat sur personnes dépositaires de l'autorité publique en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs en vue de préparer des crimes d'atteinte aux personnes", a précisé le procureur de Paris. La ministre de la Justice a aussi annoncé dans la soirée avoir diligenté une mission de l'Inspection générale de la justice qui devra déterminer comment le couteau été introduit dans la prison et pourquoi il n'a pas été "repéré". Son rapport devra être remis "dans un mois précisément".

Trois gardes à vue. "Trois gardes à vue sont pour le moment en cours", a annoncé par ailleurs le procureur Rémy Heitz. Parmi eux, Michaël Chiolo, un co-détenu qui était présent dans l'unité de vie familiale voisine au moment des faits, et une femme proche de la compagne décédée, soupçonnée de l’avoir hébergée, rapporte une source proche du dossier.

 

Appels à des blocages dans les prisons mercredi. Le centre pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe, "l'un des deux établissements français les plus sécuritaires", accueille 110 détenus pour 195 places, selon la ministre de la Justice. Cette agression intervient dans un contexte de climat social tendu dans les prisons françaises, alors que des surveillants de prison mènent depuis plusieurs mardis des actions pour réclamer une évolution de leur statut, refusée par la garde des Sceaux. En réaction à l'agression de Condé-sur-Sarthe, des surveillants ont débrayé mardi devant des établissements, retardant leur prise de service. Des syndicats de surveillants de prison appellent par ailleurs au blocage des établissements pénitentiaires dès mercredi matin dans toute la France, en soutien aux deux agents poignardés.