Douze ans de réclusion requis contre Christian Ganczarski pour l'attaque de surveillants de prison

Christian Ganczarski
En 2018, Christian Ganczarski avait "bondi" sur quatre surveillants venus le chercher dans sa cellule au quartier d'isolement © BENOIT PEYRUCQ / AFP
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Europe 1 / Crédits photo : BENOIT PEYRUCQ / AFP
Alors qu’il avait presque purgé l’intégralité d’une peine de dix-huit ans de réclusion pour son rôle lors d’un attentat en Tunisie, Christian Ganczarski a attaqué trois surveillants de prison en 2018. Douze ans de réclusion ont été requis contre lui.

L'accusation a requis vendredi à Paris douze ans de réclusion criminelle à l'encontre du jihadiste allemand Christian Ganczarski pour l'attaque "terroriste" et d'une "violence inouïe" de surveillants en 2018 alors qu'il était détenu à la prison de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais). L'avocate générale a demandé à la cour d'assises spéciale d'assortir cette peine d'une période de sûreté des deux tiers et de prononcer contre l'accusé de 56 ans, un ancien "très haut cadre d'Al-Qaïda" réclamé par les Etats-Unis, une interdiction définitive du territoire français.

 

Une attaque violente, soudaine et brutale

Le 11 janvier 2018, à 15 h 24, Christian Ganczarski avait "bondi" sur quatre surveillants venus le chercher dans sa cellule au quartier d'isolement de la prison ultra-sécurisée, les frappant à l'aide d'un couteau de cantine et d'une paire de ciseaux solidifiés, et "en hurlant 'Allah Akbar'". Cette attaque "violente, soudaine, brutale" avait duré au total "deux minutes vingt-neuf secondes", a souligné la représentante du parquet national antiterroriste (Pnat). Après avoir visé les "parties vitales" des gardiens, leur gorge ou leur tête, l'accusé avait continué avec une "profonde détermination" à donner des coups alors qu'il était au sol, avant que les agents parviennent à le désarmer et le maîtriser, a-t-elle ajouté. 

Christian Ganczarski a toujours assuré avoir "pété les plombs", et nié toute "intention de tuer".  Cinq ans et demi après les faits, il a réaffirmé lors de son interrogatoire de plus de cinq heures jeudi, louvoyant face aux questions de la cour, n'avoir que "très très peu de souvenirs" de cette agression qui avait déclenché un conflit social inédit dans la pénitentiaire. "Si j'avais une réponse pour expliquer mon acte, je vous la donnerais. (...) Je m'excuse. Je n'étais pas moi-même", a déclaré Christian Ganczarski depuis le box.

Proche d'Oussama Ben Laden

L'ancien soudeur allemand, converti à l'islam à l'âge de 19 ans et qui a séjourné à, au moins, cinq reprises en Afghanistan entre 1999 et 2001, "n'est pas homme à admettre sa responsabilité", a tancé l'avocate générale, vilipendant son "discours victimaire" et "autocentré".  "Il n'a jamais rien reconnu, et ce, malgré les évidences", sur les faits ou son "appartenance à Al-Qaïda", a poursuivi la représentante du ministère public. 

Christian Ganczarski est "un membre éminent d'Al-Qaïda, ayant vécu au sein de son quartier général avec femme et enfants" et "un très proche d'Oussama Ben Laden à un moment où l'organisation terroriste est à son apogée", a asséné la magistrate.  Elle a appelé la cour à ne pas "décorréler" l'agression du 11 janvier 2018 de ce parcours.  L'attaque était survenue six jours après la notification à Christian Ganczarski d'une demande d'extradition des États-Unis, où il est mis en examen pour une participation active au réseau Al-Qaïda entre 1999 et 2006, alors qu'il pensait sa sortie de prison imminente.

Incarcéré en France depuis juin 2003, il terminait au moment des faits l'exécution d'une peine de dix-huit ans de réclusion criminelle pour complicité dans l'attentat contre la synagogue de Djerba en Tunisie, qui avait fait 21 morts, dont deux Français en avril 2002.  L'annonce de son éventuelle extradition, "c'était comme prendre un marteau sur la tête", a dit à la cour Christian Ganczarski. 

Placé préventivement à l'isolement

"Très choqué" par cette "mauvaise nouvelle", il avait été placé préventivement à l'isolement le 5 janvier 2018.  Rejetant "la théorie du 'blackout'" avancée par Christian Ganczarski, l'accusation a estimé qu'il avait "indiscutablement prémédité son geste", en mettant notamment "sa paire de baskets alors qu'il était en train de prier" avant l'arrivée des surveillants.  En visant ces "représentants de l'État", "il a attaqué la France, et ce, parce que son idéologie désigne ses victimes comme ses ennemis", a lancé l'avocate générale, retenant le caractère terroriste de l'agression.

Jugé depuis lundi pour tentatives d'assassinats sur personnes dépositaires de l'autorité publique en relation avec une entreprise terroriste, et en état de récidive légale, Christian Ganczarski encourt la perpétuité. L'un de ses avocats, Me Romain Boulet, a commencé à plaider dans l'après-midi, disant sa "conviction" que l'attaque du 11 janvier 2018 n'était "pas terroriste", ni préméditée ou commise avec la "volonté d'intenter à la vie" des gardiens, parties civiles au procès.