Trudeau, le tricheur menteur

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h
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Chaque jour, Didier François traite d’un sujet international.

Un rapport publié ce jeudi par le commissaire à l’éthique du Canada met gravement en cause le Premier ministre, Justin Trudeau. Il est accusé d’avoir fait pression sur la justice pour étouffer un scandale de corruption. Une bombe politique qui affaiblit sérieusement le chef du gouvernement à deux mois des élections législatives.

Le Commissariat aux conflits d’intérêt et à l’éthique est une institution tout à fait indépendante et extrêmement respectée au Canada. Or, les conclusions de son enquête sont accablantes pour le Premier ministre. Elles donnent totalement raison à l’ancienne ministre de la Justice (Jody Wilson-Raybould) qui avait justement démissionné en février dernier pour dénoncer des entraves et des pressions importantes de Justin Trudeau afin qu’elle ne poursuive pas devant les tribunaux une grande entreprise canadienne de BTP (la SNC-Lavalin), reconnue coupable de corruption active en Libye. Les faits sont anciens, ils remontent à une période qui coure d’août 2001 à septembre 2011. Une période pendant laquelle la société avait versé d’importants pots-de-vin au régime du colonel Kadhafi (près de 32 millions d’euros) en échange de marchés lucratifs. La SNC-Lavalin avait d’ailleurs finit par reconnaître ses malversations après qu’elles ont été révélées par la presse. Par ce plaidé coupable, elle espérait pouvoir bénéficier d’une solution négociée car une condamnation dans un procès lui aurait fermé l’accès aux marchés publics pendant dix ans. Une catastrophe économique pour ce géant canadien de l’ingénierie qui emploie quand même 50.000 salariés dans le monde entier.

Un accord que lui avait refusé la ministre de la Justice ?

La ministre qui est également Procureur général avait décidé de poursuivre malgré tout. Et c’est là que le Premier ministre a décidé d’intervenir pour la faire revenir à position plus conciliante, au nom de la préservation des emplois.

Ce qui n’est en rien illégal ?

Non et d’ailleurs Justin Trudeau ne risque absolument rien sur le plan judiciaire. Le problème est purement politique. C’est un problème de crédibilité et de cohérence dans la mesure où le Premier ministre canadien s’est construit une image de jeune démocrate très à cheval sur les questions éthiques et grand défenseur de la transparence absolue. Alors que dans cette affaire, tout a été particulièrement opaque. À commencer par l’ingérence de son cabinet sur les décisions de justices qu’il avait commencé par nier. Ce qui aura finalement entraîné la démission de trois membres de son gouvernement, les ministres de la Justice et du Budget, ainsi que le Conseiller principal (son bras droit et un homme clé de l’exécutif canadien). Et puis c’est la seconde fois que le Premier ministre est accusé par le Commissariat à l’éthique d’avoir mordu le trait du conflit d’intérêts. Dans cette affaire, l’entreprise incriminée à tout de même son siège à Montréal dans sa circonscription du Québec. Alors qu’il avait déjà été rappelé à l’ordre en 2017 pour avoir passé des vacances avec sa famille et des amis à l’invitation de l’Aga Khan sur une île privée des Bahamas. Ça commence à faire beaucoup et l’image très travaillée et très lisse de Justin Trudeau a été sérieusement écornée dans l’opinion. Résultat, son parti libéral est en chute libre dans les sondages.