Si le Brexit sans accord est voté, "ce sera une boucherie, un arrachement sans anesthésie"

, modifié à
  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
Partagez sur :

Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

J-1 à Londres. Demain, les députés voteront pour ou contre l’accord sur le Brexit négocié par Theresa May… Les bookmakers ne lui donnent pas une chance sur dix. 

Il y a des divorces qui sont des amputations. Le Brexit est une auto-mutilation. La formule est de Jeremy Corbyn, le chef des travaillistes, pour une fois inspiré. Mais encore trop "optimistic". Si demain la Chambre des Communes vote contre le plan péniblement négocié par Theresa May, s’ils choisissent le Brexit sans accord, ce sera une boucherie. Un arrachement sans anesthésie. Les Anglais voulaient contrôler leur immigration, trop de plombiers polonais

Ils refusaient que des juges sans visages (et sans perruques !), ceux de la Cour Européenne de justice qui siège au Luxembourg, c’est à dire nulle part, imposent leur lois aux tribunaux britanniques comme au temps des colonies. Ils voulaient surtout s’affranchir des petits hommes gris de la Commission. Ces reproches trop ressassés, comme dans les vieux couples, auraient mérité un peu d’écoute et peut-être pouvait on sauver le ménage en proposant un nouveau contrat… L’avenir dira si la Commission a eu raison de traiter les Brexiters comme des gilets jaunes. Intraitable dans le marchandage, insultant l’avenir.

Les Anglais vont se tailler mais dans le vif.

Theresa May a imploré hier les députés : "Il est temps d’arrêter de jouer et de faire ce qui est juste pour notre pays"

Les ultras du Brexit et du "Remain", les travaillistes aussi, veulent humilier Theresa May. La battre. La punir. Elle jure qu’il n’y a pas d’alternative, air connu. Que c’est son accord ou pas d’accord du tout. Qu’il n’y aura pas le temps de renégocier, qu’il va pleuvoir des grenouilles. Le "no deal", les Britanniques n’y croient pas. Ils savent que l’Europe, c’est comme à la foire. On adore s’y faire peur, on crie à la catastrophe mais on descend indemne des montagnes russes ou du train fantôme. C’est comme le Palais des glaces : on se croit dans une impasse, face au dilemme insoluble. Et puis, Bruxelles trouve une issue de secours. Les diplomates ont toujours un tapis pour glisser la poussière dessous.

Les Français et les Allemands croient eux aussi à la magie.

Demain, ils ont rendez vous à Aix-la-Chapelle, chez Charlemagne, il faut au moins cela. Un demi-siècle après, Angela Merkel et Emmanuel Macron vont mimer Konrad Adenauer et Charles de Gaulle. Les grands anciens avaient conclu le pacte de l’Elysée au sortir de la guerre pour jeter la rancune à la rivière. Qu’est-ce que leurs lointains successeurs vont jeter dans le Rhin pour sceller une nouvelle alliance, notamment sur le plan de la Défense ? Ils vont jeter des bouées pour éviter le naufrage aux élections européennes.

Theresa, Angela, Emmanuel sont des enfants de l’Europe. Ils croient encore qu’elle peut les sauver, les protéger quand tout va mal à l’intérieur. C’est exactement le contraire.