Luigi di Maio et Matteo Salvini s'attaquent à Paris : "C’est comme cela qu’ils sont populaires"

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Trois heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international. Mercredi il donne son point de vue sur la crise franco-italienne.

Les deux poids lourds du gouvernement italien, Luigi di Maio et Mattéo Salvini se sont de nouveau attaqués à Paris. Depuis le premier janvier, c’est feu à volonté, avec toutes les munitions possible, mais la cible a changé. C’était Emmanuel Macron, maintenant c’est la France.

Mardi, Matteo Salvini a soupçonné Paris de laisser pourrir la situation en Libye par intérêt pour le pétrole. Heureusement que Total et son homologue italien Eni travaillent ensemble. En prime, il souhaitait que les Français se libèrent d’un "très mauvais président". Dimanche, son compère et rival, Luigi di Maio faisait le procès du Franc CFA et accusait Paris d’appauvrir l’Afrique avec sa monnaie et ainsi d’aggraver la crise migratoire… En conclusion, il appelait l’Europe à sanctionner les Français…

Il n’y a pas que l’Afrique : tout est prétexte à insulter le voisin. Tout fait ventre. La semaine dernière, avec la fin de cavale de Cesare Battisti, Matteo Salvini réclamait l’extradition des fuyards réfugiés ici. Il y a eu le grand air du soupçon entonné en duo quand la Commission européenne a ouvert une enquête sur le rachat des chantiers de Saint Nazaire par l’Italien Fincantieri. Et bien sûr, la saga des "gilets jaunes"… Le vice premier ministre Salvini attaquant un Président qui gouverne contre son peuple et le vice premier ministre Di Maio encourageant les manifestants, "Ne lâchez rien !".

Mardi, le Premier ministre Giuseppe Conte s’est démarqué. Il souligne l’amitié historique avec la France. C’est vrai mais justement, cette amitié semble appartenir à l’histoire ancienne. Si l’on s’en tient à dix ans, le ressentiment s’est accumulé. Pendant la crise financière, Paris et Berlin ont traité Silvio Berlusconi avec mépris. Dans la foulée, les groupes français ont racheté à tour de bras les fleurons italiens dans le luxe, la banque, l’énergie… D’où des rancœurs. Et de la colère quand Nicolas Sarkozy a fait une guerre aveugle à la Libye, ancienne colonie italienne. Et beaucoup de frustration quand Emmanuel Macron a prétendu y organiser des élections.

Il y a surtout l’effet dévastateur des cours de morale prodigués par les Français, alors que les Italiens voyaient débarquer à Lampedusa une marée humaine… que les douaniers français refoulaient à Vintimille. Bref, en tapant sur la France, les deux affreux jojos du gouvernement italien tapent juste. C’est comme cela qu’ils sont populaires. C’est pour cela qu’ils continuent.

Que doit faire la France ? Se retenir de bombarder Rome, même avec des mots cruels, comme la lèpre populiste qu’a stigmatisée Emmanuel Macron, déclenchant les hostilités. Mardi, la France et l’Allemagne ont signé un nouveau traité pour entraîner le reste de l’Europe vers plus d’intégration. Ils ont obtenu l’effet inverse en excitant le ressentiment de leur voisin… C’est déjà bizarre de faire l’Europe sans la Grande-Bretagne, deuxième économie européenne. Sans l’Italie, la quatrième, cela deviendrait absurde.