Les Etats-Unis se désengagent de Syrie : mission accomplie pour Donald Trump ?

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

"Non, Donald Trump n'a pas vaincu Daech en Syrie" 

Donald Trump prétend avoir vaincu Daech et veut rapatrier les troupes de Syrie.

Vous vous souvenez de George W. Bush débarquant en uniforme de pilote sur le pont d’un porte-avion qui rentrait d’Irak et proclamant "Mission accomplie !". C’était au printemps 2003. L’Irak commençait à peine sa descente aux enfers. Sur le coup, la mise en scène était comique. Avec le recul, elle paraît tragique. La presse dénonce la vulgarité de Donald Trump. Hier pourtant, il a été un commandant en chef autrement plus sobre. Il s’est contenté d’un tweet. Le Président prétend : "Nous avons vaincu l’Etat islamique en Syrie".

C’est "Mission accomplie !", le même optimisme, le même aveuglement. L’Etat islamique tient encore quelques poches en Syrie. Des milliers de djihadistes se sont fondus dans le paysage. Comme en Irak où ils revendiquent 75 attaques par mois, contre 60 il y a deux ans. Prétendre que Daech est vaincu, c’est nier sa capacité à s’adapter, à se perpétuer.  

Donald Trump pense qu’il a été assez patient ?

Cela fait deux ans qu’il veut rapatrier les boys. Il a fallu la force de conviction des anciens généraux qui l’entourent, toute l’inertie dont est capable le Pentagone et les prières de ses alliés, notamment  Emmanuel Macron pour qu’il ne sonne pas le repli plus tôt. Cela le démange parce que c’était une promesse de campagne. Qu’il applique son programme, l’Amérique d’abord. Que la guerre coûte trop cher. Et qu’elle est sans fin. 

Les Américains n’ont aucun objectif stratégique clair. L’Afghanistan les a purgés de toute naïveté. Ils savent qu’ils sont incapables d’imposer la paix, l’Etat de droit, sans parler de démocratie. Ils n’ont pas réussi à se débarrasser de Bachar el Assad. Autant le laisser régner sur son tas de ruines. Tant mieux si le Kremlin veut s’épuiser à financer la reconstruction. Et tant pis pour les Kurdes et les supplétifs arabes que les bérets verts des forces spéciales vont abandonner à leur sort.

Les Américains vont laisser un vide derrière eux. Il risque d’enhardir tous les autres. Vodka, jus de gingembre, ou thé à la menthe, hier, c’était tournée générale à Moscou, Damas, Téhéran, Ankara pour saluer le tweet modeste mais mensonger de Donald Trump. La mission n’est pas accomplie.