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Chaque jour, Didier François traite d’un sujet international.

C’est une décision qui surprend et inquiète, le gouvernement indien a annoncé ce lundi qu’il révoquait l’autonomie du Cachemire, une province en proie depuis 72 ans à une insurrection séparatiste soutenue par le Pakistan.

Ce qui fait donc craindre une énorme flambée de violence dans les jours ou les semaines à venir. Même si, pour le moment, on a très peu de nouvelles sur ce qu’il se passe vraiment au Cachemire indien. À la veille de son coup de force constitutionnel, New Delhi a déployé un renfort de 80.000 policiers des unités paramilitaires qui ont totalement bouclé la province et coupé toutes ses communications (téléphone et internet). Plusieurs responsables politiques locaux sont assignés à résidence, et pas uniquement les dirigeants séparatistes. Des élus des deux partis traditionnels ont également été arrêtés, ce qui est exceptionnel. Même les touristes ont été sommés de quitter la région. Preuve que le pouvoir central s’attend à une forte réaction, tant au niveau politique que sur le plan sécuritaire. Des groupes djihadistes menant déjà une violente campagne terroriste contre le Cachemire indien depuis leurs bases arrière au Pakistan. Le 26 février dernier, les aviations indiennes et pakistanaises s’étaient affrontées au-dessus du Cachemire après un attentat islamiste qui avait fait 46 morts dans la province.

Qu’est-ce qui rend la situation aussi explosive dans cette région ?

Le Cachemire est un cauchemar politico-religieux depuis l’accès du Raj britannique à l’indépendance en 1947. Déjà à l’époque, l’Inde, le Pakistan et même la Chine revendiquaient une parcelle de ce tout petit État princier perdu sur les contreforts de l’Himalaya. Parce qu’en fait cette province ce sont trois vallées : la vallée de Srinagar (quatre millions d’habitants très majoritairement musulmans et à ce titre le Pakistan estime qu’elle doit lui revenir), la vallée du Jammu (trois millions d’habitants qui sont hindous pour la plupart, ce qui explique les prétentions de l’Inde) et enfin la vallée du Ladakh (nettement plus petite, avec seulement 250.000 habitants mais qui eux sont bouddhistes, ce qui justifie l’intérêt de la Chine). C’est donc une véritable poudrière d’autant que le Cachemire n’est pas une frontière officielle mais une simple ligne de cessez-le-feu, tracée par les Nations Unies en 1949 pour mettre fin à deux années de guerre entre l’Inde et le Pakistan. D’ailleurs, depuis 70 ans, on ne compte plus les guerres, batailles, accrochages ou escarmouches qui ont embrasé cette démarcation, l’une des plus militarisée au monde, entre deux États nucléaires.

Qu’est-ce qui a remis le feu aux poudres ?

Il semble que ce soit une gaffe de Donald Trump. La semaine dernière, il recevait le président pakistanais à la Maison-Blanche et a assuré à l’occasion que le Premier ministre indien lui avait demandé de jouer les médiateurs sur la question du Cachemire. Une gaffe absolument phénoménale quand on sait que Narenda Modi dirige un parti hindou ultra nationaliste (le BJP) qui ne veut surtout pas entendre parler de compromis sur le Cachemire. L’abrogation de son autonomie qui était une promesse de campagne du BJP permet donc de contrer les accusations l’opposition qui criait à la trahison tout en galvanisant la base électorale du gouvernement indien.