La banqueroute du Liban

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© Europe 1
Le regard international est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Depuis près d'un an, le Liban traverse une crise politique et économique. Et la situation sur place empire chaque jour. Multiplications des licenciements, baisse des salaires, gel des épargnes, les autorités tentent de limiter par tous les moyens la fuite des capitaux hors des frontières, sans grand succès. 

7h56, l'heure de notre regard international avec Jean-Sébastien Soldaïni. Et une situation des plus inquiétantes ce mardi. Cela fait quasiment un an que le Liban vit une crise politique et économique. Et chaque jour, la situation empire.

Oui la situation empire. Les Libanais se savent dans une impasse mais la seule direction qu'ils prennent c'est celle du mur. Les licenciements se font à la pelle, les salaires sont réduits et les épargnants n'ont pas accès à leur argent. Les autorités veulent éviter l'envoi de capitaux à l'étranger, sans y parvenir tout à fait car les banquiers jouent avec les lacunes du système. Six milliards de dollars seraient sortis du pays depuis octobre. La monnaie s'effondre, si vite que certains prix ne sont plus affichés dans les magasins, tant la valeur des produits fluctue. Les Libanais veulent des dollars et ils en viennent à changer de l'argent comme ils iraient acheter de la drogue, sous le manteau.

Et la situation est telle Jean-Sébastien, que certains s'inquiètent au plus haut point. Michèle Bachelet, la Haut-Commissaire aux droits de l'Homme, affirme que les plus vulnérables "risquent de mourir de faim".

Elle ajoute même que la situation "est hors de contrôle", et elle n'est pas la seule. Jean-YVes Le Drian a lancé un appel aux Libanais : "Aidez-nous à vous aider bon sang !". Le ton est inhabituel, signe que l'heure est grave. Même les Américains, par le biais de Mike Pompeo, disent vouloir soutenir le Liban. Le Fonds monétaire international a mis onze milliards de dollars sur la table.

Oui mais en attendant, personne ne bouge.

Personne ne bouge parce que les Libanais eux-mêmes ne font rien. C'est bien connu, aide-toi, la communauté internationale t'aidera. L'argent sera débloqué sous conditions : il faut des réformes, réduire la dépense publique, lutter contre la corruption, le clientélisme. L'incurie est à tous les étages et c'est bien là le problème. Les responsables libanais louvoient pour éviter les réformes, tout simplement parce que ces réformes révéleraient à quel point ils ont fait main-basse sur le pays.

Avec ça, les tensions internationales n'arrangent pas les choses. Au Liban, rien ne se fait sans le Hezbollah, le parti de Dieu soutenu par l'Iran et qui dans ce cas fait office d'enclume face au marteau américain : pas d'aide si l'Iran ne desserre pas l'étau. A l'arrivée, les Libanais peinent à nourrir leurs familles parce qu'ils sont victimes d'enjeux qui les dépassent. Parce que chaque faction - et par définition, elles sont nombreuses au Liban - lutte pour ses propres intérêts, quitte à entraîner tout un pays dans une forme de suicide collectif.