Comment le gouvernement algérien tente d’instrumentaliser la CAN

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h30
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Chaque jour, Didier François traite d’un sujet international.

Vous allez nous parler football... car se joue ce soir en Egypte la finale de la Coupe africaine des Nations (CAN) et que le pouvoir algérien voudrait bien utiliser ce match pour calmer la contestation dans son pays...

Et oui, les jeux, le cirque, enfin vous le savez, rien de nouveau sous le soleil depuis les Romains ! Pour les politiques, le sport n’est qu’un levier parmi d’autres. Et cela ne fait pas exception pour les militaires au pouvoir en Algérie confrontés depuis maintenant cinq mois, depuis le 19 février, à un mouvement social d’une ampleur considérable.

Le Hirak, ce qui d’ailleurs veut dire 'mouvement' en dialectal algérien et qui ne s’épuise en rien avec des manifestations massives chaque vendredi. Il y en aura donc aujourd’hui. Mais aujourd’hui se joue également en Egypte la finale de la CAN qui oppose deux grandes équipes du continent : les Lions de la Térenga pour le Sénégal et les Fennecs pour l’Algérie. Belle affiche, bonne affaire se sont dit les militaires algériens qui ont immédiatement mobilisé pas moins de 28 avions de transport pour offrir le déplacement jusqu’au stade du Caire à 4.500 supporters. Car depuis le début du mouvement, les jeunes fans de foot algériens forment les gros bataillons de manifestants contre le pouvoir.

D’où cette tentative de les amadouer ?

Exactement. Seulement c’est un pari risqué. Les stades sont aujourd’hui en Algérie un foyer de contestation presque plus virulent que les écoles et universités. C’est dans les tribunes de supporters, sur les gradins des virages d’Alger, qu’ont été composés les chants repris désormais dans tous les rassemblements contestataires. Dont cet hymne du mouvement, la Casa d’el Mouradia, qui décrit avec beaucoup d’humour cette impudence du régime à avoir tout tenté pour imposer une cinquième candidature du président Bouteflika alors qu’il était en limite de mort clinique et au point que c’était une photo de lui qui faisait campagne...

Aujourd’hui le chant de la révolte s’appelle Liberté et il est dirigé contre le chef d’état-major, le général Abdelkader Bensalah, qui s’est à son tour installé sur le trône en promettant des élections sous un délai de trois mois. C’était le 9 avril dernier, le délai est donc dépassé, les élections n’ont toujours pas eu lieu et les manifestations se poursuivent semaine après semaine, toujours pacifistes, il faut quand même le souligner, avec une répression sommes toutes assez modérée selon les critères locaux.

Est-ce que ce geste en direction des jeunes manifestants peut changer l’atmosphère en Algérie ?

Alors, ça permet de rester dans cette situation d’entre-deux où à la fois les opposants ne désarment pas mais le pouvoir ne cède rien restant sourd aux aspirations démocratiques.

Et ce pari des charters peut finalement se révéler risquer puisqu’un supporteur algérien vient tout de même d’écoper un an de prison pour avoir brandi le 9 juillet en Egypte une banderole en faveur du Hirak. Le risque pour le pouvoir algérien, c’est que ce soir ils soient 4.500 à déployer des banderoles devant les caméras du monde entier.