Élection présidentielle au Congo : de la transmission de père en fils à l'alternance

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d'un sujet international. Jeudi, il évoque l'élection présidentielle au Congo.

Le vainqueur de l'élection résidentielle congolaise a été proclamé cette nuit. C’est une surprise, un opposant l’emporte… Mais ce n'est pas celui auquel on s'attendait. 

Au Congo, tout est démesuré. La taille, la violence, la richesse du sous-sol, la misère au-dessus… Et la fraude électorale. C’est l’Afrique à la puissance 2. Et des Africains réduits à l’impuissance 2. Les 10 millions d’habitants de Kinshasa ont passé une nuit blanche. Et ils ont assisté à un fric frac d’un genre inédit.

La présidentielle s’est tenue avec deux ans de retard. Et cela fait douze jours qu’on attendait le dénouement. Le coup de théâtre a été à la hauteur : un coup d’État tout en douceur. La Commission électorale a proclamé la victoire de Felix Tshisekedi. Ce n’est pas le dauphin initialement choisi par le président sortant, Joseph Kabila qui ne pouvait pas se représenter.

C’est un opposant, Felix Tshisekedi, fils d’Etienne Tshisekedi opposant de toujours à Mobutu. Il va succéder à Joseph Kabila, fils de Laurent-Désiré Kabila, président assassiné. La politique est une boutique au Congo, tenue de père en fils. L’alternance au Congo, un concept neuf en 2019. Mais l’opposant n’est pas celui qui a remporté l’élection. Et s’il a été choisi, c’est que cet opposant ne s’oppose plus.

Le 30 décembre, la Conférence des Évêques avait déployé 40.000 observateurs dans les bureaux de vote. Et ce qu’elle a vu, c’est un raz-de-marée en faveur d’un candidat. Il y a toutes les raisons de la croire, les Protestants disent la même chose et aussi une confédération des laïques.

Le président élu s’appelle Martin Fayulu. Depuis douze jours, tout le monde le sait mais se tait. Il faut bien respecter la  Commission électorale ou alors, c’est pas la peine de jouer les démocrates. Le problème de Martin Fayulu, ce sont ses parrains, deux oligarques, en exil. Le premier s’appelle Jean-Pierre Bemba. Il vient de passer dix ans derrière les barreaux de la Cour Pénale internationale qui l’a finalement innocenté des crimes commis par ses miliciens en Centrafrique. L’autre est Moïse Katumbi, ancien gouverneur de la riche province du Katanga. Il a lâché Kabila et lui aussi vit désormais dans son jet. Aux yeux de Kabila, ce sont deux traîtres, des ennemis irréductibles.

Joseph Kabila avait choisi un homme sûr, de son ethnie, du village de sa propre mère pour lui assurer l’impunité mais il a fait un score misérable. Alors que Felix Tshisekedi a un nom crédible, il a des partisans notamment dans la capitale. Et depuis trois jours, il a donné tous les gages. Promettant la réconciliation nationale, dénonçant les chasses aux sorcières, vantant les immenses qualités du président sortant auquel il propose de confier des missions d’ambassadeur extraordinaire.

Pendant cinq ans, Joseph Kabila sera sénateur à vie. Il continuera à régner sur son clan, tout en jouissant en retraité précoce de sa petite épargne : des mines de diamants, des puits de pétrole et assez de terrains pour construire deux ou trois villes. En 2024, Joseph Kabila aura 53 ans et on l’imagine déjà revenir au pouvoir, comme on rentre de vacances.