Droit des femmes : le procès de militantes saoudiennes

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Didier François traite d’un sujet international.

Didier François remplace Vincent Hervouet ce jeudi 14 mars 2019.

Il en faut du courage pour lutter contre l’obscurantisme et pour oser défendre les Droits des femmes dans un pays comme l’Arabie Saoudite. De courage, elles n’en manquent pas ces dix militantes dont le procès c’est ouvert ce mercredi à Ryad. Elles risquent jusqu’à 20 ans de prison pour avoir mené publiquement campagne afin que les femmes saoudiennes aient enfin le droit de conduire.

C’est absolument terrifiant et d’autant plus ahurissant que, depuis un an, les Saoudiennes ont le droit de prendre seules le volant de leur voiture sans être chaperonnées par un tuteur masculin, un époux, un oncle ou un frère. Vous vous souvenez très certainement de cette décision annoncée en grande pompe et présentée comme une mesure emblématique de la volonté de libéralisation du nouveau prince régnant. Comme la preuve que le jeune Mohamed ben Salmane était bien ce réformateur moderniste tant attendu par la communauté internationale, qui allait enfin dépoussiérer le régime théocratique saoudien. Après le dépeçage de l’opposant Jamal Khashogi dans un consulat en Turquie, ce procès est une nouvelle confirmation que la monarchie religieuse ultra-conservatrice au pouvoir à Ryad n’a pas la moindre intention de se transformer et moins encore de se laisser forcer la main. Car ce qui est en fait reproché à ces femmes, traînées aujourd’hui devant un tribunal siégeant à huis clos, interdit à la presse et aux diplomates, c’est d’avoir osé s’exprimer. De ne pas avoir eu peur de réclamer publiquement le droit de conduire et d’avoir eu le courage de prendre le volant seules, de se filmer et d’avoir posté ces vidéos oh combien subversives sur les réseaux sociaux. Tout cela un mois avant que le monarque ne daigne accorder cette dérogation à ces sujettes. C’est pour ce crime de lèse-majesté qu’elles croupissent dans les geôles de Ryad depuis maintenant un an, même si leurs sœurs en liberté peuvent désormais rouler sur les autoroutes du royaume dès lors que leur mari le leur permet.

Durant cette année de détention, elles ont subi de terribles sévices ?

Effectivement ! Ces dix militantes ont été soumises à des tortures, passages à tabac, chocs électriques, simulations de noyade et harcèlement sexuel pour leur arracher les aveux qui aujourd’hui servent à les juger. Puisqu’elles ont reconnu avoir correspondu avec des associations de défense des Droits de l’Homme, ce qui en Arabie saoudite est considéré comme "une coopération avec des entités étrangères hostiles dans le but de porter à atteinte à la sécurité et à la stabilité du pays". Elles sont donc accusées d’avoir violé le décret royal 44A (qui est la loi antiterroriste) et c’est pour cela qu’elles encourent jusqu’à 20 ans de prison.

Parmi ces militantes, il y a une figure connue de la lutte pour les Droits des femmes ?

Absolument ! Elle s’appelle Loujain Al-Hathloul, elle a 29 ans et est parfaitement francophone. Son père était militaire dans la marine, elle a donc passé une partie de son enfance à Toulon et fait ses études à la Sorbonne d’Abou Dhabi. Malgré son jeune âge, elle a déjà été arrêtée à trois reprises depuis 2014 parce qu’elle a justement lancé ce mouvement pour le droit de conduire. Elle a reçu le soutien du président Emmanuel Macron qui a demandé au prince Salmane de faire preuve de clémence. Car, à ce stade, seule une forte pression internationale pourra éviter une trop lourde peine à ces femmes courageuses.