Démission annoncée du président du Conseil : l'Italie se retrouve sans gouvernement

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h
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Chaque jour, Didier François traite d’un sujet international.

L’Italie se retrouve donc depuis ce mardi sans gouvernement. Le président du Conseil (Giuseppe Conte) ayant annoncé devant le Sénat son intention de démissionner. Sa coalition n’a plus de majorité, suite à la motion de censure déposée par son ministre de l’Intérieur (Matéo Salvini).

De ce point de vue, le patron de la Ligue du Nord a gagné. Une victoire mécanique puisque son parti s’est retiré de l’alliance formée il y a 14 mois avec le Mouvement 5 Étoiles. Le gouvernement formé dans la foulée n’a donc plus de majorité et le président du Conseil en a tiré toutes les conséquences en annonçant sa démission. Elle été remise dans la foulée au président de la République italienne, Sergio Mattarella.

Mattéo Salvini a-t-il pour autant remporté son pari ?

Loin de là… Ce que voulait le dirigeant d’extrême droite en déclenchant cette crise politique, c’était provoquer des élections anticipées dans les plus brefs délais (à l’automne si possible), parce que les sondages des dernières semaines lui sont extrêmement favorables. Ils lui donnent 36% d’intentions de votes soit 20 points de mieux que lors du dernier scrutin de 2018. Cela lui permettrait d’inverser le rapport de force en siphonnant les voix du Mouvement 5 Etoiles et de devenir le chef de la première force politique d’Italie. Or, il n’est pas du tout certain que le président Mattarella décide de convoquer des élections. Dans le système parlementaire italien, la démission du gouvernement ne renvoie pas nécessairement les électeurs devant les urnes. Le président de la République a en fait totalement la main et quelques jours pour consulter l’ensemble des groupes politiques pour voir si (par hasard) ils ne seraient pas disposés à constituer une nouvelle coalition, y compris autour de Guiseppe Conte. Cela permettrait de reformer un gouvernement sans pour autant passer par des élections générales, une simple ratification du Sénat suffirait. C’est aujourd’hui une option très sérieusement envisagée.

C’est même une des propositions de personnalités de poids du centre gauche comme l'ancien chef de gouvernement Matteo Renzi ou l'ex-président de la Commission européenne, Romano Prodi ?

C’est exactement ça ! On est en train de voir se constituer une sorte de front du refus de tous les responsables politiques italiens au coup de force de Mattéo Salvini. Le patron de la Ligue du Nord a fait une énorme erreur de calcul en déclenchant cette crise institutionnelle quelques jours seulement avant l’adoption du budget. Le risque est de déclencher un sérieux trou d’air économique avec pour commencer par une hausse importante de la TVA, dans un contexte où l’Union européenne s’inquiète du niveau de la dette italienne. Cet argument (qui parle quand même au consommateur italien) a évidemment permis de justifier ce rapprochement de tous les élus du Parlement ou du Sénat qui n’ont pas très envie de remettre en jeu leurs mandats aussi vite et dans des conditions plutôt défavorables. D’où ces diverses propositions de gouvernements provisoires (plus ou moins techniques mais d’union nationale) qui permettraient à la fois d’éviter une crise économique et de repousser à une période plus calme, un scrutin législatif général. L’affaire est donc très loin d’être réglée.